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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 05:49

 

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Je traverse la cour, je monte dans l’auto garée sous le hangar. La voiture est comme moi, nette, étrangère à cette aventure inattendue. Je roule prudemment. Dans les phares, les flocons se vouent au sacrifice avec l’obstination de ces insectes qui franchissent les barrières de feu par l‘unique puissance de leur nombre. L’auto a vite appris la nouvelle loi, elle devient élément du paysage. La neige l’habille. J’arrive enfin à la maison. Elle est vide. Je n’ai croisé personne. J’entre, j’attends. Je vais me coucher enfin. Dehors il neige toujours. Soudain je quitte le sommeil avec cette brutalité de fauve que j’affectionne. Personne n’est dans le lit, pas de dos ni de hanche haute. Personne ici, personne chez la jolie voisine célibataire, Alma, qui ne manque jamais de me décrocher un sourire ravissant et énigmatique par-dessus la clôture quand elle taille ses rosiers en légère tenue d‘été, la croupe ronde, délicieuse, tendue vers le ciel et le pied nu et nerveux dans ses fines sandales; tente-t-elle la séduction ou sa nature est-elle seulement vouée à la douceur? Je n’ai jamais eu la réponse. Je suis de nature timide, et rétif à la caresse qui n’a pas été annoncée. Personne non plus chez le voisin invalide. Les maisons sont glacées. Je décide de retourner en ville. La batterie de ma voiture s’est déchargée dans la nuit. Tant pis, je prends, dans son garage, le 4x4 de la belle Alma. Je m’excuserai plus tard «  navré, comprenez c’était un cas de force majeure», peut-être m‘invitera-t-elle à boire un verre pour me faire pardonner, et si sa main frôle la mienne et si ses yeux m’appellent, alors peut-être je saurai. Il faudra y penser pour m’y préparer. Peut-on refuser la quête d’une femme ? Alexis prétend que c’est le seul péché mortel. 

  Le 4x4 avance au pas. Il neige toujours obstinément. La ville ne bouge pas et se tasse un peu. Je croise des vitrines sans vie, et des avenues désertes. Les feux tricolores sont aveugles. Que se passe-t-il donc ? Je souris de ma bêtise :  pour le savoir, il suffit d’écouter la radio. J’appuie sur le contact digital, la fenêtre bleue, réconfortante s’allume et Glenn Gould se met à jouer du Bach. Quel bonheur ! Il me faut quelques minutes pour m’apercevoir qu’un CD tourne là derrière. Alma aime Bach dans son 4x4, moi aussi, bon présage. J’appuie sur les boutons, je cherche la radio. Enfin je l’ai !

Elle chuinte, je cherche du doigt la bonne fréquence. Rien. Je ne capte rien, seulement le souffle artificiel de l’appareil qui chauffe en vain.

La ville est vide.

(la suite lundi).

 

 

 

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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