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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 03:59

 

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Un matin, alors que nous nous étions éloignés de notre hutte, et que nous avions passé le col pour verser dans la vallée voisine où nous avions repéré une harde de biches la veille, nous avons vu des pas humains sur la neige. Ils se dirigeaient vers l'est. Les traces étaient fraîches au point que le bord de l'empreinte était à peine dure et le fond absolument pas gelé.

Du regard nous nous interrogeâmes Amogh et moi. L'empreinte était menue, c'était celle d'une femme seule à n'en pas douter.

 

_ "Regarde, regarde, a dit Amogh, elle boite. Vois comme le pied gauche s'enfonce plus légèrement. Elle semble malade."

 


_ "Malade ou blessée" répondis-je

 

 

Pendant que j'observais l'horizon à la recherche d'une éventuelle silhouette, Amogh avança d'une centaine de mètres.

 

 

_ "Bien vu Absalom, voici des trace de sang bien fraîches!"

(A Suivre)

 

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 03:23
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Au long des heures froides, moi, ce qui me manquait c'était mon livre de la manufacture de Saint-Etienne.

 

Nous partions au matin chasser et il fallait rentrer tôt car la nuit était précoce en cette saison. Les plateaux alourdis de neige étaient comme de douloureux miroirs sous le soleil de midi.

 

Dans des omoplates de rat nous avons taillé des fentes et nous avons ajusté à nos yeux ces fines meurtrières qui filtraient l'insupportable lumière. Avec des tendons de chevreuil, nous avons tressé des raquettes pour ne plus nous enfoncer jusqu'aux cuisses  dans la neige fine. D'une certaine façon cette vie était bonne à vivre car la viande était abondante. La chasse aisée. Le gibier avait faim et nos pièges étaient rarement vides, et la trace des grands animaux était bien visible sur les étendues désertes du plateau.

 

Nous parlions fort peu. Nous n'échangions que d'utiles paroles, souvent à voix basse car la chasse nous habitait toute entière.

Nous jouissions du monde qui, à part le sang de nos proies, étaient d'une sérénité absolue. Et même le sang sur la neige composait de gracieuses harmonies. Tout était éperdument beau !

 

(A Suivre)

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14 mai 2013 2 14 /05 /mai /2013 03:18

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    • En deux semaines, amaigris mais vifs comme des chats nous avions reconstitué l'essentiel de notre équipement. Il était temps, la neige commençait à tomber. Notre course folle nous avait conduit sur des hauteurs riches en animaux de toutes tailles. Nous avions assez de peaux pour construire un abri matelassé de fougères. Et nous avons cousu les peaux et les avons assemblé en couvertures. 


      Nous avions assez de viandes et de graisses pour affronter le début de l'hiver. Le gel était intense. Les journées longues et paresseuses.

       

      _ Nous redescendrons à la mer au printemps après avoir franchi le col. Nous reprendrons la route de l'ouest et du sud.


      _ En attendant nous hibernerons.


      Amogh avait cette qualité précieuse de ne jamais remâcher un échec. La rencontre avec les hommes bleus était lointaine, mais jamais depuis il n'avait fait allusion à la perte de nos chevaux.

      (A suivre)

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 05:59

  20120901_1061.jpgbon

 

Nous étions sans force. Amogh assis les jambes écartées laissait filer le sable dans ses doigts avec un regard si vide qu'il m'a fait peur.


Je lui ai tendu la main. Il s'est levé et a dit  

_ Qui a eu la bone idée d' attacherles  chevaux ici?

_ C'est moi


« Bon, tant pis, on ne peut pas gagner tout le temps.

 


Nous avons repris notre route à pied. Il nous fallait retrouver les gibiers faciles, et pour cela regagner la montagne, sans tarder, avant les grandes neiges.


Nous avons couru trois jours le long de la rivière qui est peu à peu devenait un torrent. Nous avons grignoté des racines de bardane, du pissenlit, des carottes sauvages, du panais, onagre et quelques grosses ravenelles. Amogh a tendu quelques collets en vain. Mais il n'avait pas son pareil pour l'affût, immobile des heures, se métamorphosant en pierre, plus figé qu'une roche. Il avait ainsi capturé des ragondins si myopes qu'ils passaient le soir à portée de sa main.

Nous les avons dévorés, et avec leurs tendons nous avons pu tendre des pièges élaborés ; avec leurs dents affûtées sur des granits doux nous avons eu des pointes de flèche redoutables empoisonnées comme il convient pour n'avoir pas à courir des heures derrière le cerf blessé. 

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 03:45

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Nous avons dansé dans l'eau, nus, en tournant sur nous mêmes, une main vers le ciel, l'autre vers la terre. Et nous nous sommes enivrés de nous-mêmes. Quelle belle et douce victoire!

Nous nous sommes rhabillés, nos vêtements ayant été au préalable enfouis sous le sable par sage précaution, nos armes aussi, à sept pas d'une roche couverte d'algues. Une roche qui avait une forme de chien. En riant nous avons rejoint la lisière où attendaient nos chevaux. Mais les hommes bleus nous avaient précédés. Les chevaux n'étaient plus là!

Amogh hurla de fureur et moi je m'affaissais dans le sable. Tous nos biens étaient dans nos fontes : trois livvres, celui de la Manufacture d'armes de Saint-Etienne, celui qui parlait des huîtres, et un autre que je n'avais jamais pu lire à part son titre énigmatique : bible ; nos outils pour tendre des pièges et coudre les peaux, une boussole ( c'est ce nom mystérieux qui était gravé dessus) cassée mais jolie, nos provisions de viande séchée, nos sacs de peau dans lesquels nous gardions un peu d'eau, quelques silex neufs (heureusement nous en avions dans nos poches), toutes les feuilles séchées qui guérissaient des fièvres et de la mélancolie, et ma longue flûte de roseau.

(A SUIVRE)

 .

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 08:29

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En expirant de l'air de toutes ses joues. En expirant et en faisant siffler lugubrement ce souffle, Amogh sortit de l'eau et fonça sur la troupe. Cette audace déconcerta les hommes bleus qui reculèrent en mettant leurs mains devant leur visage et, comme Amogh, continuait d'avancer, et moi derrière lui, ils prirent peur et détalèrent en hurlant, suivis de leur chien bizarre.Sur la grève, alors que nous séchions au vent léger, je demandai à Amogh

 

_"Mais qu'as-tu fait? Comment savais-tu qu'ils fileraient comme une nichée effarouchée?" 

 

_ "C'est Eloneloa, l'autre nuit, qui m'a dit que les hommes avaient peur du souffle des autres.

 

 _"Comment cela est-il possible ?"

 

_"Je l'ignore".

 

_" Et pourquoi les femmes ne le redoutent-elles pas?"

 

_ "Je l'ignore".

 

Nous n'avions jamais vu d'aussi près des hommes. Les seuls que nous avions aperçus jusqu'alors l'avaient été de très loin, d'une vallée à l'autre. Ils allaient par petits groupes, ou comme Amogh et moi, par deux.

(A suivre)

 

 

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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 03:18

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XXII

 

L'eau était fraîche à nos chevilles. Nous nous sommes déshabillés, et avons plongé avec délice. Cherchant dans le fond ces huîtres tant prisées par ces hommes d'un autre monde. Tout à notre jeu nous ne les vîmes pas arriver. Heureusement j'avais pris soin d'attacher les chevaux à couvert, à l'écart, dans une pinède assez éloignée de la plage. Ils étaient cinq, le visage couvert d'une teinture bleue, ils avaient été devancés par une sorte de chien fou, mi renard, mi loup, très laid. Ils nous regardaient, plantés là sur la plage, forts et armés de pics. Nos rires joyeux cessèrent à l'instant. Et un frisson me parcourut l'échine. Sous la surface Amogh saisit son couteau qu'il ne quittait jamais. Nous avons nagé jusqu'à retrouver le sable sous nos pieds. Et nous sommes restés un instant, à bonne distance, immergés jusqu'au cou.

Les autres prononcèrent d'étranges borborygmes. Soit il n'avait pas de langue, soit elle n'était pas humaine.

Amogh avec une audace inouïe avança vers eux, résolu, inflexible, en chantant un curieux chant de gorge que je n'avais jamais entendu.

 

 

(A suivre)

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 03:07

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XXI

 

Le lendemain nous étions face à l'immensité d'eau.

 _« C'est donc cela ? » interrogea Amogh. L'air était d'une douceur extraordinaire. Nous longeâmes les vagues vers le sud.

_ «  Ce soir nous dînerons d'huitres ! »

_« De quoi ? »

 D'huîtres » je tirais de ma fonte un minuscule livre trouvé l'an passé bien plié dans une chiffon gras au fond d'un trou maçonné de pierres taillées, intitulé «  la physiologie du goût » Brillat Savarin, tome premier, Paulin éditeur 1846. Je lus en ânonnant  la fin de la page 102: « On se souvient qu'autrefois, un festin de quelque apparat commençait ordinairement par des huîtres, et qu'il se trouvait toujours bon nombre de convives qui ne s'arrêtaient pas sans en avoir avalé une grosse ( douze douzaines, cent quarante-quatre).J'ai voulu savoir quel était le poids de cette avant-garde et j'ai vérifié qu'une douzaine d'huîtres, eau comprise, pesait quatre onces, poids marchand, ce qui donne pour la grosse trois livres. »

_« Bigre quels ogres ! En quelle année c'était ?» demanda Amogh

_« 1846 ».

_«  En quelle année sommes-nous ? »

_« Aucune idée ».

_ " M'en moque je mangerai donc une grosse d'huîtres."

_ "Aimes-tu seulement cela? "

__ " Aucune idée... J'aime tout ce qui ce mange... Enfin je crois".

(A SUIVRE)

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 03:14

 

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XX

 

 

Nous progressions désormais sur une plaine hachée de bosquets. La montagne était derrière nous, et nous apercevions au loin sa couronne de nuages. Le chemin était mouillé. Les sabots des chevaux y laissaient de vastes trous immédiatement inondés.

J'ignore pourquoi nous avions choisi ce cap. Il fallait bien en choisir un, n'est-ce pas. Et puis les neiges de l'Est ne nous manquaient pas. Certes l'hiver approchait, mais nous n'en sentions pas encore la morsure, comme si notre marche repoussait le vent glacial dans ces gorges abruptes qui font de grosses entailles dans les montagnes, et où l'air hurle atrocement. Et c'est un fait que l'ouest était doux. Il levait en face de nous des brises d'une tièdeur de femme. Et des parfums, de quoi ?_« Sens-tu cette haleine Amogh ? »_

 «  Oui Absalom... C'est comment dire ? »

 _« Sexuel ? »

 _« Non... Enfin pas seulement, c'est puissant. »

 _« Attends, attends... Peut-être est-ce … la mer ? »

_« La quoi ? »

_«  Je ne sais pas, je me souviens peut-être, ce parfum n'est-il pas celui des marées ? De la vie qui va et vient? De la source même ? De l'ivresse des étoiles ? Une odeur nécessaire ô combien ? Peut-être une odeur de bouillon?  Peut-être une odeur de sueur mouillée? Ou une odeur familière mais inconnue? Une odeur de famille pour un orphelin ? Une odeur de moi ? Une odeur de la maison ?»

_ " Maison ? Quelle maison ?"

 

(A SUIVRE) 

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 02:54

 

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XIX

Il en était toujours ainsi lorsque nous rencontrions des femmes. Nous laissions en elles des bribes de nous, des enfants futurs inaccomplis.

_« des petits que nous ne connaîtrions jamais et qui, peut-être, un jour lointain, peut-être nous perceraient de leurs lances dans une perfide embuscade. » dit Amogh en riant.

  Non pas, il n'y a plus d'enfant, c'est ce qu'elle m'a dit »

 _« Ah ??? He bien tant mieux ! »

 En tête j'avais cet air triste que je murmurais

 « Well, I see you there with a rose in your teeth

 One more thin gypsy thief

 Well, I see Jane's awake

She sends her regards »

_ "Quelle est cette langue?" interrogea Amogh

_"Aucune idée".

 

 


Le monde était devenu celui des femelles puissantes, inaccessibles à notre mal. Elles allaient par petites troupes, souvent en duo seulement. Elles aussi avaient trouvé un mode de vie libre. Elles n'allaient au contact que par furieuse nécessité. Elles ne se dévoilaient qu'après un long examen, elles ne redoutaient personne, et partaient toujours après la première nuit. Nous n'avions jamais vu de troupes mixtes. Et les rares escouades masculines observées de loin sous le couvert des frondaisons épaisses ne comptaient jamais de femmes. Nous mêmes Amogh et moi allions seuls, tous les deux. Et je me demande bien ce que nous aurions fait si une seule de ces gracieuses passantes était restée avec nous...

 

(A SUIRE)

 

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