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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 05:51

Aux abords de Saint-Jacques de Thouars, juste avant de filer vers le moulin de Crevant, un chemin herbeux pique vers la gauche. Tout commence de manière ordinaire. Au printemps les herbes sont hardies et charnues. Leur jubilation à jouer des coudes pour s'abreuver du premier soleil fait plaisir à voir. Avant de plonger soudainement vers le fond inattendu d'un vallon caché, le sentier accompagne un très vieux wagon échoué là. Vision extravagante, comme celle de ce navire perché sur la canopée amazonienne, dans l'envoûtant film de Werner Herzog "Aguirre ou la colère de Dieu". C' est aussi un mélange d'images douloureuses de déportation.  Décor baroque autant que féroce.

 

 

 

wagon

 

Soudain l'herbe juteuse disparaît tout à fait pour laisser place à l'os du caillou sur une dizaine de mètres. Le chemin s'incline alors, et verse dans un cuveau de verdure et de fraîcheur. L'autre jour, quand je suis passé là, une grive musicienne faisait ses gammes. Du free-jazz  badin, virtuose et ingénieux. Aucun doute les tiges, alentours, tendaient aussi leur long cou vers ce concert flûté. Seul un  scarabée affairé escaladait une pierre. Certainement les scarabées sont sourds, ou indifférents à l'art, ou bien ils se méfient de la grive musicienne qui peut les manger entre deux trilles.

Tout en bas, le friselis d'un ruisseau piqué de touffes d'iris, est l'unique pastorale ici entendue. Une énorme et unique pierre fait office de pont.

 

vallon

 

Le sentier remonte rudement jusqu'au plateau et débouche sur un champ d'orge ondoyant comme une fourrure épaisse.

On arrive à la route qui lézarde jusqu'à Saint-Jacques en passant le long d'une barrière de train, plantée là en pleine campagne. Cocasse et charmant.

 

barriere

 

Une dernière douceur est réservée au promeneur : deux bassins d'eau pure que survole une lourde libellule bleue agile.

Le roi n'est pas mon cousin.

 

NB : en faisant ce chemin, remarquez une barrière toute neuve en bois. Le propriétaire a pris soin de choisir un modéle ancien. Bravo

barriere-copie-1.jpg

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 15:51

 

poing.jpg

 

 

Jean-Noël Béguier, peut-on lire dans la NR de ce 14/04/11 " n'aime pas les cérémonieux et il a « horreur des gens cravatés ». Côté couleur, il est CGT, exècre les « jaunes » (surnom des non-grévistes). Ses potes, à sa retraite, lui ont offert « un Mode et travaux parce qu'il y a un patron à découper dedans... »

Il dit aussi qu'à son enterrement il aimerait qu'on applaudisse, moi je lèverai le poing en signe d'hommage. Et si je file avant, j'espère qu'il fera de même.

 

Balthazar.

 


 



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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 10:10

 

 

 

CLAVIER

 

Thouars, qui est une ville décidément pleine de ressources, s'enorgueillit de posséder un armurier. Dans la boutique de M. et Mme Clavier, mille merveilles sont à découvrir, même pour un non chasseur.

On trouve là des flacons d'urine synthétique de sanglier ( à déconseiller comme après-rasage) ou du lait de laie ! Il est possible aussi d'acquérir un flacon qui masquera votre odeur derrière un fumet de terre. Idéal pour aller draguer en boîte. Vous sentez puissamment  la balade en forêt, la fille vous pensera romantique et sauvage. Si, en plus, vous grognez de plaisir, l'affaire est faite.

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 09:55

 

Ces temps-ci un grand livre est disponible à Thouars. celui que Virginie Daudin et Gérard Pichot ont écrit ensemble. Elle est historienne, il fut vigneron résistant déporté (  Buchenwald puis Dora). Le récit lui-même est exemplaire, de surcroît un souffle humain puissant et émouvant traverse cet ouvrage écrit dans un style simple et précis. 

Aux Editions Geste. 25 €.

 

pichot.jpg

 

J'ai connu Gérard , il me manque, comme à tous ses nombreux amis. Il était attentif aux autres, on était bien en sa compagnie. Il aimait rire et racontait avec un délicieux sourire des blagues de cette sorte.

_ "Le muscadet ? Ouais, pour qu'il ait du goût il faut qu'il soit bouchonné. "Et toute l'assemblée se tapait sur les cuisses.

 

Voici - dans ce blog voué à la futilité - un moment un peu plus grave et solennel, amical aussi. C'est le texte que j'ai écrit après sa disparition.

 

 

Comment revenir de Dora ? Furieux ? Anéanti ?  Dans cet univers de déréliction, où l’espoir lui-même est désespéré, il me disait avoir attendri, un instant, un Kapo parce qu’il prenait soin de son père Léonce. La chose était inconcevable pour le garde-chiourme qui le gratifia alors d’un quignon de pain. Je pense souvent à cela : l’amour filial des deux bagnards avait su toucher la férocité du contremaître. De retour, Gérard me disait avoir passé des jours entiers à manger des biscuits sans sortir de son lit, puis avoir vécu des semaines dans les marais proches de Tourtenay, la tête dans l’herbe et les yeux tournés vers le soleil. L’amour de sa famille et cette solitude première l’ont sauvé j’imagine. C’est ainsi qu’il revint au monde, m’a-t-il raconté. A sa façon, simplement, avec une intelligence qui ne s’apprend pas à l’université, mais dans le frottement de la vie simple, humble et honnête.

 

Il était un homme au sens plein du terme.

 

Il était bon d’avoir un ami tel que Gérard. Combien de fois alors que je rentrais à la rédaction j’ai vu sa voiture garée juste en face du bureau, sa Renault  25 grise avec le chiffre 40 dans la plaque d’immatriculation : cela signifiait que Gérard était dans le quartier, peut-être à la NR, ou bien chez Jean-Pierre Gourdon histoire de rafraîchir sa coupe en brosse , ou bien autour d’un verre de rosé au café des Arts. Alors j’expédiais l’affaire en cours (si elle ne pouvait pas attendre) et je me lançais sur sa piste, certain d’être accueilli par son regard bleu et son sourire heureux. Un   moment de grâce s’ouvrait alors et j’essayais de le faire durer autant que possible.

Pourquoi ? Oh, pas seulement pour la promesse d'un moment agréable. Alors pourquoi ? Répondre à cette question relève du délicat mystère des relations humaines. Au cours d’une vie on croise bien des gens aimables et méritants, mais des Gérard Pichot : les occasions sont si rares, qu’il ne faut pas les perdre, au risque de se priver d’une source de tolérance, de sagesse, et de tendresse.

Ce serait alors plus que grave, ce serait coupable.

 

Fraîchement arrivé en Thouarsais j’avais remarqué ces deux silhouettes toujours côte à côte, toujours présentes aux cérémonies patriotiques : celles de Gérard et Robert Sibileau. Qui sont-ils ? «  Des résistants déportés » me répondait-on sans plus de précisions.

J’aimais être le dernier aux vins d’honneur, pour être certain de n’avoir rien manqué. Mais  Gérard, Robert et Michel Olivier étaient toujours eux-aussi dans le dernier carré. Et savez-vous ? C’est alors, quand les autres sont partis, que les boucliers se baissent, que s’amorcent les véritables échanges,  que se nouent des liens complices et j’ose le dire fraternels, bien au-delà des conventions d’âges et des inclinations philosophiques. J’ai connu alors un homme drôle, très cultivé mais jamais donneur de leçon, curieux de tout, comme le sont les vignerons qui savent la dureté de la terre et les paradoxes des cuvées, les merveilles de l’alchimie et les caprices des réserves. On ne peut pas tricher avec ces notions précieuses.

 

Comme Gérard était généreux il dispensait son savoir et son amitié sans compter, sans espoir de dividendes, sans arrière pensée, il en savait tant sur l’espèce humaine qu’il n’avait plus peur d’être déçu.

Il était un homme libre. Et la fréquentation des hommes libres est toujours une chance inouïe.

Il est bon d’avoir un ami tel que Gérard.

 

Balthazard / Philippe.

 

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 10:14

 

On part de Saint-Jean, place de l'abbaye. On file plein ouest, pour longer le cimetière et les dernières maisons du bourg, des pavillons neufs qui sentent le lotissement frais. Piquer ensuite à droite puis à gauche pour marcher, toujours plein ouest, le long de la voie ferrée.

Vous ai-je dit que cette balade est un parfait exemple d'harmonie et de douceur ?

La preuve ? Ce panneau qui apaise les doutes, et fait un bien fou aux âmes tourmentées.

 

gare.jpg

                                               Parfois les évidences apaisent les âmes tourmentées.

Au passage à niveau il faut traverser la voie et marcher droit devant soi dans un paysage composé de couches horizontales : champ, bosquets au loin sur plusieurs étages, tranche de ciel, nuages et ciel de nouveau. Au loin la rumeur de la route de Bressuire est paisible. On est nulle part, mais sans être perdu.

 

paysage.jpg

                                                    Un paysage composé de couches horizontales.

Tout droit, le sentier s'élargit, prend des allures de boulevard, prend le nom de "chemin de La Rochelle". Des petits bois piquent le paysage avec leurs fausses allures de futaie. L'air sent le hallier, la feuille mouillée. On continue tout droit et puis soudain, il faut choisir. Choisir, c’est trahir… Alors que, jusqu’ici cette coulée était pure harmonie (sans dualité diraient les sages). On avait même croisé, sur cette ligne parcourue, une ferme qui sentait bon l'effluve puissant de l'étable, fumet lourd des bêtes domestiques.

Choisissons donc puisqu'il le faut, prenons à droite pour aborder humblement le modeste bourg de Rigné, et trouver là ( à droite) un petit chemin qui passe au large de l'église et qui aboutit à une délicieuse grotte de béton et de vaisselle cassée, où Marie réfléchit. Tout est ici, sans manière, d'une touchante piété, construite avec les moyens du bord et avec le goût un peu hasardeux de l'artisan. Le hasard, comme on dit, fait bien les choses.

 

vierge.jpg                                           Art naïf d'une touchante piété.

Tout droit, toujours tout droit, toujours dans l'esprit de cette promenade sans heurts. Et quand il faut encore choisir, piquer à droite sur 30 m, puis à gauche le long d'une sorte de centrale électrique assez laide. Le chemin est d'herbe grasse. Il mène aux abords des bois. Filer le plus vite possible vers Saint-Jacques sans presser le pas.  Saint-Jacques s'annonce par un panneau blanc, sans rien dessus.  On n’y appelle pas à voter, on n’y vante rien. Vacuité… Vacuité féconde comme disait Maître Eckart.

panneau-blanc.jpg

                                                              Rien sur le panneau. Le vide. La pureté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 10:05

 

chambre-1.jpeg
Attention, sur le chemin, à "Chambre", un cyclope vous pose une énigme. Il faut bien répondre, sinon...

 

 

Voilà une balade facile, toute plate ( ou presque), sur un chemin bien empierré. Une balade de belle-mère en somme.

On gare son auto à "Fertevault" , en contrebas de l'hôpital de Thouars. Et on file à contre courant du Thouet, vers" Chambre", et plus loin encore vers Missé. On fait demi-tour et le paysage change. Tout ici est doux. Les cabanons des pêcheurs bâtis de bric et de broc sont accrochés à la rive pentue en de savantes constructions par des bricoleurs du dimanche. On voit bien que les chantiers ont été ponctuées de siestes, d'apéros et de longues heures passées au bord de l'eau en attendant la carpe capricieuse. C'est charmant. Du côté de Missé, pas de cabanes, mais des pâtures bordées de têtards, ces frênes à grosses têtes qui semblent toujours ébouriffés comme au réveil.

chambre.jpeg                                                                 Les têtards ébourrifés.

Attention ! En abordant "Chambre", le sentier est gardé par un cyclope. Il faut répondre à sa question sinon sa punition peut-être terrible. Des fois c'est facile, des fois c'est ardu.

L'autre jour j'ai eu de la chance. Il m'a demandé :

_ Ô passant sans souci ( c'est toujours sa formule). Quelle est la différence entre un pigeon ?

_ Y en a pas ! ai-je répondu. Un pigeon est pareil des deux côtés, il a une aile à droite et une aile à gauche.Il a les deux pattes de la même longueur, surtout la gauche.

_ Tu peux passer.

_ Et si je n'avais pas su, quel aurait été mon gage?

_ Tu aurais été élu conseiller général, ou même député.

ça fout quand même la trouille.

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 06:50

 

 

Hier dans la rue je croise R. D. un Thouarsais de 84 ans, vieux baroudeur, l'oeil malicieux avec, au fond du regard un quelque chose de désenchanté qui me va droit au coeur. On se salue chaleureusement.

Je lui parle du blog, il me dit qu'il n'a pas internet mais qu'il va s'y mettre sans tarder.

A 84 ans ! Quel appétit de vie !

Où trouver cela ailleurs ?

Si un jour je quitte Thouars, ce sera pour mourir.

 

                                                                                                                                                             Balthazar Forcalquier

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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 15:56

 

chemin-1.jpeg

 

 

 Il faut prendre un "ruban de queue" ( comme dit Balzac pour signifier une route droite qui file vers l'horizon), il débute juste en face de la rue du marais près de la salle des fêtes de Saint-Jacques-de-Thouars. La voie file droit à l'Ouest, puis s'incline vers un minuscule passage à niveau  moussu. Le chemin se relève ensuite et se poursuit parmi les champs, puis dans des bois drus dressés en taillis. On pique vers la droite en passant au large du lieu-dit "Baugé" beau, solitaire et calme,  pour longer ensuite la voie ferrée impeccable. Il est alors possible de boucler la balade vers Saint-Jacques ou de poursuivre encore jusqu'à un pont de brique et d'acier encombré de feuilles mortes, d'une saisissante beauté.

Le long de ce long sentier de 7 à 9 km, le paysage est en cette fin d'hiver rude et tendre.

On y croise

- des choux maigrelets qui occupent les champs en repos, écrasés de gel , râpés jusqu'à l'os par un vent impitoyable et toujours jeune qui vient de la mer, ajoutant sans doute une pincée de sel à sa morsure.

- Des peupliers en friche qui poussent sans loi, eux qui n'aiment rien tant que la géométrie et la belle verticalité. Évidemment le gui parasite leur sève malade. Et les corbeaux y nichent.

- Des lianes en écheveaux embrouillés. Elles manifestent une vigueur que dément leur évident dégoût de vivre. Elles sont sans joie, comme de longues filles maigres et grises ; comme ces légions lointaines lassent de guerroyer, mais épouvantées à la seule idée d'oisiveté. Elles colonisent sans but.

- D'épaisses feuilles charnues tapissent un bord de ruisseau : l'exact contraire de la liane encombrée par sa fine taille ; voilà tout un petit peuple gaillard et joyeux, envahissant, laborieux et prospère. On pousse là en harmonie avec un brin d'exclusive.

- Un remblai de briques broyées dans un nid de poule. Petit cuveau mélancolique. Fin de vie humble et malgré tout vaillante, comme ces vieux qui veulent se rendre utile à de menues tâches vaines. Tout cela ne sert à rien.

- Hier matin une vapeur voluptueuse d'un vert céladon flottait au-dessus d'une touffe de noisetiers. Un bout du printemps prochain. Oh oui !

 

                                                                                          Balthazar Forcalquier

 

Chemin 2

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 16:17

 

 

La grande allée qui mène au château de Oiron est composée de morceaux de vies broyées. C'est Cyprien Gaillard, qui a répandu ce béton concassé. Un gravier contemporain produit après la démolition d'une tour d'habitation d'Issy-les-Moulineaux. On marche sur des éclats de ciment peint, des bouts de câbles électriques, tout un assemblage inerte et pourtant imprégné des souvenirs de ceux qui ont vécu là. Mémoires d'étreintes et de drames, de scènes de ménage et de réconciliations, témoins ordinaires de vies mornes, et laborieuses aussi. Quand on y pense, on peut être bouleversé. L'art contemporain, dans ses errements rogues, a rarement trouvé une manière aussi brutale et aussi vive de nous empoigner le coeur.

Voilà qui fait penser aux papiers imprimés des livres, au XVIIe et XVIIIe siècle. On peut y découvrir sur la page des morceaux de jupon! Jadis les chiffonniers alimentaient les papeteries, et la Bourgogne était réputée pour la qualité de ses haillons.

Sous les vers d'un poème, une fibre de cotillon.

C'est la même émotion qui surgit.

Celle des traces humbles et anonymes.

                                                                                                                            Balthazar Forcalquier

 

 

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