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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 02:50

calibres 22

Résumé :ça commence à puer si les services secrets rappliquent la démocratie va dérouiller. C'est bien connu.
Balthazar passa par le « Brin de Lecture », une belle librairie. Rares sont les villes de la taille de Thouars qui possèdent une librairie et des libraires dignes de ce nom. Il y trouva sans peine le petit livre conseillé par Carlota, entre un copieux rayon consacré à la guerre d'Espagne et une abondante documentation sur la Commune de Paris.
Chez lui, face à une bouteille de Mezcal ( le goût de l'exotisme suscité par ce joli nom de Carlota), Balthazar entama sa lecture : « Les gnostiques » par Jacques Lacarrière.
L'auteur y raconte avec érudition ce courant de pensée mystique florissant au IVe siècle qui fut réduit en cendres par l'église catholique. Les hommes, les femmes et les textes, tous partirent dans la fumée des bûchers.
Pour faire simple, les gnostiques estimaient que le monde est une chose fabriquée par un démiurge nommé Ialdabaôth. Rien qu'à prononcer son nom, on voit qu'il n'est pas d'ici. Il a loupé son œuvre ce faux dieu. Voilà qui explique que le monde aille si mal. Il y a bien un autre dieu doux et beau, mais il est inaccessible, il ou plutôt elle, s'appelle Barbelo et habite le Plérôme. Au XIIIe siècle un mystique Rhénan, appelé Maître Eckhart, avait trouvé un beau nom pour ce vrai dieu : « la Vacuité Féconde ».
_ D'accoooooord, c'est pointu quand même murmura Balthazar en entamant un bouteille de vieux Rhum offert par son pote Alain l'Antillais.
Les gnostiques considérant que ce monde est sans intérêt et même funeste, il ne convient pas d'appliquer ses règles. En ce sens les gnostiques sont anarchistes. Ils cherchent l'harmonie hors des lois.
En sirotant son alcool des Caraïbes, Balthazar se sentait soudain tout gnostique. Il chercha un chapitre sur « gnose et alcool » mais ne trouva rien.
En tout cas voilà qui expliquait les motivations de Carlota. Cette fille semblait un peu allumée, mais dans le fond, elle n'avait pas tort. Balthazar en était là de ses riches pensées quand le téléphona sonna. C'était Lucien Birdat (le neveu de Josiane Birdat la quincaillière de la rue Saint-Médard), président du Rotary Club il était aussi directeur de l'abattoir local spécialisé dans la viande halal, abattoir qui venait tout juste de se faire racheter par des Saoudiens en mal d'investissement.
Lucien Birdat pleurait :
_ Allô Balthazar Forcalquier ? Ho là là je suis dans la mouise. Il faut m'aider monsieur, il faut m'aider, vous seul pouvez me tirer d'affaire.

 

Sortir un patron d'un mauvais pas, de surcroît président du Rotary, la chose était encore inédite pour Balthazar.
A SUIVRE
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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 03:16

 

calibres 21

 


 

Résumé: Carlota nie le meurtre d'Angeline Grosbois mais revendique les autres, en mémoire de son papa René Hobo, et par nécessité... sociale. Il faut reconnaître que ce côté expéditif a plus de résultats que les communiqués ordinaires des syndicats.


Le commissaire fit signe à Balthazar d'entrer dans son bureau. Il avait l'air maussade.
_ Nous sommes dans les choux . Certes comme le disait Winston Churchill : «  le succès est la capacité d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme », mais j'avoue que mon enthousiasme fléchit. La balle qui a tué Angeline Grosbois a été tirée par une carabine Chapuis, dite « challenger » . C'est une carabine de chasse pour grands animaux, à longue portée. Elle est équipée d’un chargeur  amovible de quatre cartouches en calibre 300 Winchester magnum. Très belle arme qui fait des dégâts.
_ Et le mari ?
_ Il est sonné. Il n'a rien vu, ne se souvient de rien. Il dit avoir entendu deux détonations, coup sur coup.
_ Mais où était placé le tireur ?
_ Dans l'école voisine, on suppose. Pas loin. En cette période de vacances il était tranquille. Les Grobois étaient venus voir un terrain où ils commençaient à construire une maison.Les travaux de terrassement sont en cours. Une belle maison avec une vue imprenable sur le château de Thouars. Ils étaient de dos quand ils ont reçu les impacts.
_ Quand même curieux endroit pour une exécution. Et il fallait être au courant de cette promenade sur le coteau. Et cette arme lourde qui arrache une moitié de tête ne semble pas dans les pratiques de notre tireuse.
_ Humpf !!! Tireur, tireuse. On ne connaît même pas son sexe. Vous savez tout est possible. N'importe qui peut signer Carlota Machete, ou Bakounine, ou Che Guevara... Je suis fatigué. Thouars me fatigue. J'imagine que vous n'allez pas tarder à recevoir la revendication de cette Carlota Machete.
_ Je ne manquerai pas de vous en faire part.
_ Merci, le préfet me harcèle, et les services secrets ne vont pas tarder à arriver, s'ils ne sont pas déjà sur l'affaire au train où partent les notables dans cette ville. Et quand la « secrète » arrive ce n'est bon pour personne.

 

Le lecteur eu, le lendemain, tous les détails de cette nouvelle affaire. Balthazar émit néanmoins un doute : « Carlota Machete n'a pas revendiqué ce crime commis par derrière. Cela ne lui ressemble pas d'agir dans le dos des gens. De plus si elle apprécie les carabines de précision on la voit mal manier des armes de luxe ».
A SUIVRE...
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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 04:18

calibres 20

 

Résumé: Enfin Carlota après une nouvelle exécution sort de l'ombre, mais elle a loupé le mari d'Angeline Grosbois, qui n'avait pas d'autre rapport avec un ange que son prénom.
Balthazar parla le premier, il savait qu'il faut d'emblée poser des questions et ensuite laisser de longues plages de silence. Le silence suscite toujours des confidences, tous les interviouveurs savent cela.
_ Hé bien chère Carlota vous n'êtes pas au chômage vous ! et vous n'êtes pas sexiste. Angeline Grosbois ne dira plus d'insanités, mais vous avez loupé son époux.
_ Qui ?
_ Angeline et Charles Grosbois. Elle possèdait une boîte d'intérim, lui fait des affaires sur internet. Assez interlopes d'ailleurs ces affaires : sites pornos, sites échangistes et compagnie.
_ Je ne comprends pas. Ce ne sont pas mes cibles ces deux-là, en tout cas pas encore. Les autres oui, c'est moi, mais pas ces deux-là. Quelle arme a été utilisée ?
_ Je l'ignore encore mais c'est du gros, elle n'avait plus toute sa tête l'Angeline, si l'on peut dire.
_ Ce n'est pas moi, c'est tout.
_ Alors vous faites des émules !
_ Ce n'est pas moi, c'est tout... Si j'ai voulu vous rencontrer c'est en mémoire de mon père, René Hobo. Vous l'avez connu semble-t-il.
_ C'était mon ami.
_ Je vous crois. Vous l'avez écrit et ce n'était pas si simple dans le contexte actuel, je le sais. Papa m'a tout appris sur les armes. C'est grâce à lui si je suis une tireuse d'élite. Lorsqu'il est mort j'ai trouvé des papiers dans ses tiroirs. Des papiers sur lesquels il avait écrit son histoire.
_ Je sais son histoire, sa jeunesse meurtrie, ses douleurs, ses engagements dignes et sa foi dans l'anarchie. C'était mon ami, et il le reste.
_ J'accomplis ce qu'il aurait voulu faire.
_ Croyez-vous ?
_ Oui. C'est pourquoi j'ai voulu vous rencontrer. Ce monde est dirigée par des escrocs, des fripouilles, il est temps de passer à l'action armée. N'avez vous pas remarqué que le climat social s'est soudain adouci dans la ville ?
_ C'est le moins que l'on puisse dire. J'ai même vu le patron d'une usine laisser passer devant lui une femme de ménage à la boulangerie de la rue Saint-Médard.
_ Je sais qu'un ami de mon père ne peut pas me trahir. J'ai pris le risque de vous rencontrer pour cette raison : vous pouvez relayer mon message. Expliquer les bienfaits de ce... nettoyage salutaire. Pour l'instant seuls les notables, les bourgeois et les flics parlent dans votre journal. Allez donc demander aux humbles leur sentiment.
_ Oui... Peut-être, mais était-il nécessaire de tuer une femme, Angeline Grosbois, pour faire passer un tel message. Même si elle était infecte, vous n'aurez pas grand monde pour vous soutenir.
_ Je vous dis que ce n'est pas moi. Je ne tue pas les femmes. Et pour l'instant je suspends mon programme. Pour l'instant seulement. Je suis gnostique et je suis donc anarchiste. Sachez que je suis au monde, mais pas de ce monde.
_ Heu...
_ Lisez donc Jacques Lacarrière et vous comprendrez comment j'inverse les codes. Soyez avec moi Balthazar !

 

En un instant Carlota avait disparu. Balthazar resta seul avec le parfum de la dame.
A SUIVRE...
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9 octobre 2013 3 09 /10 /octobre /2013 04:10

calibres 19

 

 

Résumé: Contact est pris avec Carlota qui, entre temps, vient de se faire une patronne, mais a loupé un patron ! Premier grain de sable dans cette mécanique si bien huilée.
Angeline Grosbois avait mauvaise réputation : on l'appelait « la négrière ». Elle n'avait d'ange que son prénom. Elle faisait travailler de pauvres gens et encaissait au passage de juteuses commissions. Mal aimable, vulgaire, elle n'avait rien pour plaire. D'une manière générale elle sentait assez mauvais, « crasse et pommade » comme l'écrivait Jean Lorrain. Elle disposait d'une confortable fortune personnelle qu'elle exposait volontiers en roulant dans des voitures de sport, et en achetant à Noël des kilos de foie gras et des dizaines de homards. De plus elle parlait fort une langue assez grossière. Mais est-ce une raison pour recevoir une balle dans la tête. Ah ? Non ? Bon...
Son mari hospitalisé n'avait pas encore pu être entendu par la police, encore moins par Balthazar.

 

Le soir tomba sans faire de bruit. Les heures passèrent. Le parc Imbert était fermé. Mais il était aisé de franchir la grille. A tâtons Balthazar trouva la section des cactus (aïe) et attendit. Un délicat parfum annonça la venue de Carlota. La lune se dévoila abandonnant son écharpe légère en écume de nuages ( c'est fou comme un rendez-vous secret rend romantique). Carlota était là, belle. Elle n'était pas bien grosse cette fille qui maniait les armes de guerre. Elle avait dans le nez un anneau d'argent. Le cheveu long sur le côté droit et rasé sur le côté gauche dégageant le pavillon de l'oreille. Cette oreille était grande et curieusement ourlée. A l'évidence Carlota avait choisi de l'exposer comme si elle voulait affirmer son mépris de toute coquetterie. Elle avait un charme fou. Elle était mince comme un fil pour attacher un piège. C'est elle que Balthazar avait remarqué de manière si fugace au monument aux morts, au début de cette histoire. Son visage était fin, mais son regard laissait filtrer une grande tristesse. 
A SUIVRE...
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 04:18

 

calibres 18

 

Résumé: « Carlota on t'appelle la rebelle. Carlota de Cuba. Carlota de Cuba ». C'est une jolie chanson. A vous de trouver l'air.
Le préfet commençait à s'énerver. Le commissaire, dans ses beaux costumes de laine fine piétinait et ruminait de sombres pensées et une salive parfumée à la menthe. Les syndicats étaient au chômage vu que les patrons filaient droit.
Un peu de temps passa. Alors qu'il faisait quelques emplettes à Hyperbouffe, la grande surface, car il faut bien parfois acheter quelques nécessités domestiques, Balthazar qui s'abîmait dans la lecture comparée des étiquettes de PQ fut bousculé. Il n'y prêta aucune attention. Les ménagères sont toujours pressées entre les courses, le ménage, les gosses, le mari et le patron. Au moment de payer à la caisse, il mit la main dans la poche de son coltin et retira, au lieu d'un billet, un papier froissé.
« Je suis Carlota. J'ai lu vos articles. René était mon père. Je sais désormais que vous ne le trahirez pas. Rendez-vous ce soir, 23 h 18 derrière les cactus du parc Imbert ».
La journée allait son train quand Balthazar entendit passer une ambulance, puis la voiture du capitaine des pompiers, puis celle des flics. Il retrouva tout ce beau monde sur le coteau de Saint-Jacques-de-Thouars. Paisible commune gérée paisiblement à droite, qui fait juste face au paisible quartier huppé de Thouars. Là dans la pelouse pentue qui plonge vers le Thouet gisait le corps d'une femme. La quarantaine, le cheveu teint en blond ( les racines brunes sur un morceau de crâne au sol trahissaient un retard dans la couleur bi-mensuelle), des escarpins de prix aux pieds et une tête à demi explosée.
Moustache, le sapeur-pompier en dit plus à Balthazar que le commissaire qui, arrivé, depuis peu, ne connaissez pas Angeline Grosbois directrice d'IAT (Intérim A Tout). Son mari Charles Grosbois avait été transporté d'urgence à l'hôpital, l'épaule fracturée par un projectile.

 

La série continuait. Et de belle façon !
A SUIVRE...
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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 06:19

 

calibres 17

 

 
Résumé: Balthazar doit entrer, secètement en contact avec Carlota Machete. Le hasard va s'en occuper vu que le hasard est le meilleur ami de l'homme après le chien... et le Duhomard.


Le climat social dans les entreprises du coin était au beau fixe, les contremaîtres étaient charmants et les patrons venaient même saluer les salariés le matin à l'embauche :
_ Hé bonjour Monique, alors le petit ? Elle est finie sa grippe ? Si tu as besoin d'une matinée, tu n'hésites pas, tu le dis... si, si, cela me fait plaisir.
Il y eut fort peu de monde aux obsèques d' Ismaël Avanavissius et de Xavier Rote. L'histoire récente avait prouvé que la fréquentation des églises pouvait être mortellement redoutable.
Un guitariste local composa même une chanson en hommage à Carlota Machete. Le refrain disait
«  Carlota a sa façon
et sans façon
libère les prolos et, avec son calibre,
Carlota reconstitue les équilibres »
Y avait pas à dire la rime était riche.
Voilà qui rappela à Balthazar une bien vieille histoire, celle de René Hobo.
René, fils d'une Résistante déportée et pendue à Buchenwald, était un vieil anarchiste qui vivait dans le village noir ( le bien nommé), le quartier de la gare. Il était mort depuis longtemps. Balthazar avait d'abord sympathisé avec lui, parce que ce René là avait été parachutiste. En Algérie il avait refusé de manier la « gégéne » et avait fini dans un fin fond de douar, oublié, le cheveu long sous le béret rouge. Il participait toujours aux cérémonies patriotiques, mais sans se mêler au vin d'honneur. Il filait en douce, la dernière gerbe tombée, en essuyant une larme. Plus tard il expliqua à Balthazar ( qui lui aussi avait été para) qu'il avait ainsi une pensée pour tous les égorgés, ceux qui avaient péri sous le couteau des Fellagas, mais aussi sous les lames de l'armée française. Il donna ainsi à Balthazar l'émouvant petit livre de Benoist Rey « les égorgeurs » (éditions Libertaires). Livre qui fut interdit dès sa sortie, mais on peut le trouver désormais aisément. René était un chic type, plein de cicatrices et de défauts. Il chantait lui aussi une chanson, mais à sa façon :
« Carlota on t'appelle
la rebelle
Carlota de Cuba
Carlota de Cuba ».

 

Dans l'un de ses articles Balthazar évoqua cette ballade et précisa : « René était un homme digne, c'était mon ami. » Le directeur départemental parti en week-end dans sa maison de l'ile de Ré laissa passer. Et personne n'y fit vraiment attention, personne, si ce n'est Carlota Machete à qui ce message était, de nouveau, secrètement destiné.
A SUIVRE...

 

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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 03:20

 

calibres 16

 


 

Résumé: Bon... c'est expéditif de flinguer du patron, mais ça marche.
Le commissaire, beau joueur, donna à Balthazar quelques détails techniques sur l'exécution devant l'église Saint-Médard.
Le tireur s'était placé en face du beau portail roman, au dernier étage de la maison des artistes (cela ne s'invente pas). Ces combles correspondaient aux maisons voisines, et il était facile de s'échapper par l'une des trois ou quatre cages d'escaliers qui desservaient les immeubles mitoyens.
L'arme utilisée était cette fois-ci une22 long rifle. Une petite carabine et pourtant l’une des plus précises sur des distances ne dépassant pas les 300 mètres. Cette petite munition a la particularité d’avoir un  tracé très tendu, sans «  flèche »  c'est-à-dire sans retombée trop rapide.  De calibre 5,5, la balle de plomb avait été légèrement chemisée de manière à la rendre plus  ferme. En dépit de sa vitesse tout de même modeste (340 mètres seconde) la balle, à l’arrivée, faisait un petit trou d’aiguille bien propre... redoutable s’il est bien placé. En plein front par exemple.
Les enquêteurs supposaient qu'il s'agissait d'une 22 LR Savage mono coup solidement construite, en matériau composite de couleur gris anthracite, avec une culasse standard, très classique, et un poids de la détente qui pouvait être réglé comme sur les « grandes carabines ».
La police passa au peigne fin les clubs de tir circonvoisins, enquêta chez les chasseurs et les militaires. Bref tous ces gens qui sentent la poudre de près ou de loin.
Les ventes du « Courrier de la République » montaient en flèche. Le directeur départemental libérait chaque jour une page à Balthazar, à charge pour lui de la remplir «  sans tomber dans les divagations anarchistes ! » précisa le chef. Les colonnes étaient faciles à remplir, comme on dit dans le métier : l'actualité avait ces jours-ci du talent.
Evidemment l'affaire commençait à faire un peu de bruit. Deux patrons abattus, cela intéresse, forcément. La télé en parla, les médias nationaux envoyèrent quelques enquêteurs qui vinrent, fort civilement, saluer leur confrère Balthazar. Deux d'entre eux furent mieux accueillis, celui du « Monde Libertaire » et celui de « Siné Mensuel », un type barbu et une fille... barbue aussi. Bien qu'ils fussent camarades, Balthazar ne leur livra pas tous ses secrets, d'autant plus que Carlota avait répondu à son appel par une brève missive sortie tout droit d'une imprimante et certainement manipulée avec des gants de caoutchouc :
« prouvez moi que je peux vous faire condiance . »
Comment entrer en contact avec Carlota Machete ? Balthazar cherchait en vain la solution. Elle lui fut apportée sur un plateau et de bien curieuse façon.
A SUIVRE...
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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 03:18

 

calibres 15

 

 

 

Résumé: Carlota couine. Balthazar est comme un con et tente une conciliation. Mais voilà que ça recommence.
Dans la foule massée sur le parvis de l'église Saint-Médard, on ne remarqua pas tout de suite ce qu'il venait de se passer. Un type en costume sombre plia les genoux. On pensa qu'il était ému et qu'il priait la dépouille de Michel Crapute. Puis ses mains touchèrent le sol. On pensa qu'il en faisait un peu trop. Puis il roula, la gueule ouverte et pleine de sang. Il venait se prendre une bastos en pleine gueule. Son visage était net mais inexpressif. Il avait un tout petit trou sur le front, deux fois rien. Mais bien assez pour aller dans l'autre monde Balthazar qui était en face n'avait pas besoin de le reconnaître, il le connaissait.
C'était Ismaël Avanavissius, patron de la MNT ( Manufacture Nouvelle de Thouars) qui fabriquait des joints de culasse en gros, et qui venait, pour satisfaire ses actionnaires, de licencier un tiers de son personnel, essentiellement des femmes non qualifiées qui, après deux ans de chômage, pouvaient espérer un maigre RSA et les restos du cœur. Bref, pour faire simple, un PDG arrogant et – on l'aura deviné – fort libéral.
Deux secondes plus tard, à nouveau le claquement d'un coup de fouet. Deux mètres plus loin, le big boss de la big grande surface de la big ville voisine, entama une génuflexion un peu lourde vu que le gaillard pesait 150 km. Il coula sur le sol comme un sac mou (j'allais écrire comme un sac empli de vomi, mais non, cela ne s'écrit pas). Celui-là ne verrait pas la fin de la grève que les caissières avaient entamé la veille pour refuser les horaires nouvellement mis en place. Soit :9 h/ 11 h 15 – 13 h 45 / 15 h 45– 17h30/19 h – et les jours de nocturne 20 h/22 h. Voilà qui empêchait de rentrer à la maison et d'aimer sa famille. Et voilà qui était loin de faire 8 h par jour. Les salaires étaient donc faibles et les journées hors de la maison étaient bien longues. Sans parler d'un projet d'ouverture dominicale.
L'émotion fut d'autant plus grande qu'un message arriva à la rédaction. Il fut publié le lendemain, et la veille, à 23 h 48, Balthazar avisa le commissaire :
_ Ne soyez pas surpris, de ce que vous allez lire demain, je vous l'annonce en avant première, voici ce que nous avons reçu :
« l'action continue. Un patron licencieur vient de payer sa dette à la société. Un autre qui martyrise de pauvres mères de famille aussi. Ce n'est que justice. Cette justice est en marche. La liste des fripouilles est encore trop longue. Signé : Carlota Machete. »
Balthazar en dévoilant ce qui allait être public le lendemain, ne se compromettait pas trop et jouait le jeu de l'échange aimable d'info qui ne tire pas à conséquence.
_ Gardez le billet ! Nous allons l'analyser ! Répondit le commissaire.
_ Ah mais ce n'est pas un billet, c'est un message internet qui vient d'un pays étranger...
_ Merdaille !
_ Commissaire je vous en prie.
_ Excusez-moi.
_ Disons que j'ai seulement entendu « sapristi ».

 

Bizarrement dans les jours qui suivirent les patrons du coin suspendirent leur plan de licenciement et l'on en vit même qui remplaçaient les vitres cassées des ateliers. La justice brutale avait, quand même, quelques vertus.
A SUIVRE...
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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 03:16

 

calibres 14

 

 

Résumé: comme celui de l'épisode précédent, mais en mieux !
Au courrier du matin, une enveloppe banale, avec l'adresse de la rédaction imprimée sur une vignette autocollante avec la mention «  personnelle ». Dedans l'enveloppe cette missive
« Monsieur
je suis navrée de lire sous votre plume une aussi tiède nécrologie de Michel Crapute. Soit vous êtes incompétent, soit vous êtes vendu au capital. Michel Crapute était une crapule. Renseignez-vous. C'est pour cela qu'il a payé sa dette. 
Signé : Carlota Machete ».
Évidemment Balthazar en fut tout retourné, et pas seulement parce qu'il avait un sacrée gueule de bois, vu qu'il avait arrosé avec son ami le dentiste la bonne info sur le poil de chien et le Remington 700 qui avait eu raison d'un salaud. Que Carlota puisse le croire ami des petits et grands chefs le rendait triste et furieux
Il ne pipa mot à personne de cette lettre. Mais il décida d'entrer secrètement en contact avec cette Carlota. Pour cela il disposait du journal. Il suffisait qu'il publie quelques phrases qu'elle - et elle seulement - saurait décoder. Dans l'édition du lendemain, dans la masse des articles, une brève banale passa inaperçue. Une brève qui n'avait pas de réalité concrètre si ce n'est qu'elle était adressée seulement à sa mystérieuse correspondante.
Une retraite bien méritée
Michel Makhno souhaite s'expliquer à la fin d'une longue carrière probe. Certains lui reprocheront son incompétence et d'autres ses compromissions mais il part dignement et aimerait bien s'expliquer avec ceux qui ont osé ainsi le vilipender, c'est le message qu'il nous demande de publier, ce que nous faisons bien volontiers, etc, etc.
Carlota comprendrait que ce Michel Makhno imaginaire était Balthazar et qu'il voulait s'expliquer auprès d'elle. Mais cet appel resta sans effet... dans l'immédiat.
La semaine passa, Michel Crapute occupait les pages comme il n'avait jamais osé l'imaginer de son vivant, dommage pour lui qu'il ne puisse en profiter : mot du député en hommage à Michel Crapute, témoignages de sympathie en mémoire de Michel Crapute, communiqués du syndicat des patrons et de diverses associations soit-disant philosophiques (autant dire franc-maçonnes)... Le jour des obsèques arriva enfin. Il y avait foule sur le parvis de l'église Saint-Médard. Franc-maçon et catho, Crapute était opportuniste. Tous les patrons étaient là, et les contremaîtres aussi. Lorsque le cercueil sortit de l'église une foule recueillie regarda passer le cercueil couvert de fleurs. Balthazar était là aussi... bien obligé, son chef avait réservé une page entière.

 

Une page entière pour un con pareil... Remarquez, tout compte fait, il avait bien fait parce qu'une détonation claqua soudain dans le silence mortel et que la page fut, en définitive, facilement remplie.
A SUIVRE...
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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 03:56

 

calibres 13

 

 

 

 

Résumé : incroyable le commissaire Jérôme de la Ravinière et Balthazar sympathisent, et cela sur la dépouille de Léon Bloy, une sorte d'anar de droite (cela existe). Mais où qu'on va à ce train-là ? La vérole est-elle en chantier ? On devrait le savoir un de ces jours.

Le commissaire sortit deux feuillets :

_ Je vous passe les formules habituelles voici les rapports de la police scientifique et du médecin légiste. Sur la scène de crime : trace de poudre et un poil de chien. Selon les analyses ADN celui d'un chien loup plutôt blanc. Bon... cela ne veut rien dire, ce poil a pu arriver là par hasard, porté par le vent. Mais voilà qui est beaucoup plus intéressant : la balle a été tirée par une carabine Remington 700. Elle est fréquemment utilisée par les tireurs sportifs, son encombrement et son poids  limitent son usage à des postes fixes. Cette carabine est pourvue d’un bipied, la crosse est en matériaux de synthèse, uniformément  grise, elle donne  l’impression d’une arme de guerre. Le magasin contient trois cartouches de calibre 300 Winchester magnum  et une quatrième dans la chambre. Ce calibre convient  bien au tir grandes distances, 300, 400 mètres voir plus. L’organe de visée est  généralement une lunette Tasco de bonne qualité.

Conclusion : le tireur est un as, et surtout pas un chasseur du dimanche.

_ Pardon, répondit Balthazar, mais on s'en serait douté. La victime a été exécutée proprement. Elle trempait dans des affaires louches ?
_ Pas qu'on sache, mais vous-même, vous l'aviez vu quelques jours avant ?
Ah te voilà mon salaud ! pensa Balthazar, les flics seront toujours les mêmes, mais il tempéra en ajoutant, comme les journalistes. Il raconta son entretien avec Michel Crapute – et cela n'avait plus d'importance désormais – son double jeu et le résultat nul de cette courte investigation : l'article fut bloqué en haut lieu ainsi qu'on l'a vu.
Le commissaire sourit
_ Ah cher monsieur la puissance des forces occultes est toujours active.
_ Vous voulez dire celle des francs-maçons ?
_ Absolument !
_ Vous voulez dire que mes chefs sont francs-maçons ?
_ Je le suppose... comme les miens. Ne dit-on pas qu'ils sont partout ? Mais que cela ne nous empêche pas de faire notre travail. Je viens de vous donner matière à un bel article, j'attends le renvoi d'ascenseur.
_ Mais c'est déjà fait : vous savez qui est Carlota Machete.
Le commissaire sourit encore et trinqua sans dire un mot.
Ballthazar n'avait jamais vu un flic semblable... Si... fin... si cultivé. Ce type était séduisant dans le fond.

 

Une lettre arrivée le lendemain rappela le journaliste à de plus saines pensées.
A SUIVRE...
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