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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 05:15

Comment s'appelait le slip kangourou avant la découverte de l'Australie ?

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Published by Balthazar Forcalquier - dans L'aphorisme de la semaine
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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 05:49

 

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Je traverse la cour, je monte dans l’auto garée sous le hangar. La voiture est comme moi, nette, étrangère à cette aventure inattendue. Je roule prudemment. Dans les phares, les flocons se vouent au sacrifice avec l’obstination de ces insectes qui franchissent les barrières de feu par l‘unique puissance de leur nombre. L’auto a vite appris la nouvelle loi, elle devient élément du paysage. La neige l’habille. J’arrive enfin à la maison. Elle est vide. Je n’ai croisé personne. J’entre, j’attends. Je vais me coucher enfin. Dehors il neige toujours. Soudain je quitte le sommeil avec cette brutalité de fauve que j’affectionne. Personne n’est dans le lit, pas de dos ni de hanche haute. Personne ici, personne chez la jolie voisine célibataire, Alma, qui ne manque jamais de me décrocher un sourire ravissant et énigmatique par-dessus la clôture quand elle taille ses rosiers en légère tenue d‘été, la croupe ronde, délicieuse, tendue vers le ciel et le pied nu et nerveux dans ses fines sandales; tente-t-elle la séduction ou sa nature est-elle seulement vouée à la douceur? Je n’ai jamais eu la réponse. Je suis de nature timide, et rétif à la caresse qui n’a pas été annoncée. Personne non plus chez le voisin invalide. Les maisons sont glacées. Je décide de retourner en ville. La batterie de ma voiture s’est déchargée dans la nuit. Tant pis, je prends, dans son garage, le 4x4 de la belle Alma. Je m’excuserai plus tard «  navré, comprenez c’était un cas de force majeure», peut-être m‘invitera-t-elle à boire un verre pour me faire pardonner, et si sa main frôle la mienne et si ses yeux m’appellent, alors peut-être je saurai. Il faudra y penser pour m’y préparer. Peut-on refuser la quête d’une femme ? Alexis prétend que c’est le seul péché mortel. 

  Le 4x4 avance au pas. Il neige toujours obstinément. La ville ne bouge pas et se tasse un peu. Je croise des vitrines sans vie, et des avenues désertes. Les feux tricolores sont aveugles. Que se passe-t-il donc ? Je souris de ma bêtise :  pour le savoir, il suffit d’écouter la radio. J’appuie sur le contact digital, la fenêtre bleue, réconfortante s’allume et Glenn Gould se met à jouer du Bach. Quel bonheur ! Il me faut quelques minutes pour m’apercevoir qu’un CD tourne là derrière. Alma aime Bach dans son 4x4, moi aussi, bon présage. J’appuie sur les boutons, je cherche la radio. Enfin je l’ai !

Elle chuinte, je cherche du doigt la bonne fréquence. Rien. Je ne capte rien, seulement le souffle artificiel de l’appareil qui chauffe en vain.

La ville est vide.

(la suite lundi).

 

 

 
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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 05:46

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Je compose le numéro de la maison. Rien : l’appareil reste incompréhensiblement muet. Je vais dans la rue, je suis en paix. La neige fait ce petit bruissement amical et honnête qui rassure, semblable - j’imagine - au froissement bourgeois que font les billets de banque patiemment amassés au fil d’une vie de labeur probe et digne. J’imagine la maison, avec les miens jouant aux cartes sur la table toute chaude de la lumière des bougies, et l’odeur maternelle d’un gâteau qui gonfle dans le four. Peut-être même ont-ils allumé un bon feu dans la cheminée, avec son cœur de braises incandescentes ; blocs entiers d’énergie dure à la surface desquels frémissent des ondes bleutées et sombres héritées des immuables forges dans lesquelles naissent les galaxies, pouponnières lointaines d’étoiles qu’un jour j’irai visiter quand je serai plus fort et plus humble. Peut-être que la neige tombera toute la nuit et que nous nous endormirons en compagnie de ce plaisir simple d’ours aux premières somnolences de son hibernation. Nous savons très précisément, alors, quelle est la saveur du bonheur.

Dans le lit, je m’approcherai d’elle, tournée, une main bien à plat sur son dos, l’autre main tout en haut sur la colline de ses hanches. Et nous nous endormirons. Demain j’appellerai le chef pour demander des consignes, peut-être me dira-t-il qu‘il faut attendre le redoux, et nous nous loverons dans une grasse matinée alanguie de baisers tièdes au goût de lait. Peut-être même ferons-nous l’amour avec cette jolie habitude qui est la nôtre, sans imagination mais avec précaution et  beaucoup de joie, à la manière des loups.

(la suite demain).

 

   

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 05:42

                               NEIGE

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Soudain je sors du sommeil avec cette vivacité animale qui, d'ordinaire, me fait lever les oreilles, quand, derrière moi j'entends un craquement d‘alerte, un insolite son, un bruit étranger. Je sens confusément que, dans une autre vie j'étais chien ; j'aime à penser loup, par orgueil. Mais peut-on être orgueilleux, vraiment, face à soi ? Donc je fus loup. De cette vie ancienne et glacée j'ai conservé cette nervosité attentive qui me fait, d’instinct, dresser les oreilles. Puis il me faut user de longues étendues de temps avant que la tension des nerfs ne s'apaise, et que, derrière mon crâne, dans cette tranche épaisse d’inconscient, la paix se restaure avec son cortège de chasses enivrées, de saillies hurlantes et de festins sanglants. Du loup, j'ai hérité aussi cette manière d'éveil immédiat. Je suis d'emblée prêt au combat, disposé à mordre sans attendre, apte aussi à jouir - dans l’instant et sans scrupule - d'un reflet sur la neige.

 

La luminescence est entrée dans mon regard plus douloureusement que le rayon acéré d'une ampoule électrique. Je m'étais endormi, assis à mon bureau. Pourtant, cela ne m'arrive jamais.  D’emblée, je sais qu’il s’est passé quelque chose d’extraordinaire, réflexe de loup. La lueur qui a allumé mon réveil n'est pas celle, désincarnée, de l'ordinateur comme je l'ai cru d'abord. La pièce est obscure à peine baignée d’une laitance qui vient du dehors. Elle s’écoule par la fenêtre comme une semence froide et animale, avec quelque chose d’aquatique dans sa fluidité. Je tends la main, j'actionne l'interrupteur de la lampe amicale qui tend vers moi son cou de girafe handicapée, appareillée de ressorts et de tringles. La mécanique n’agit pas. Je me lève, je jette un œil dehors. Il neige à gros flocons. Personne dehors. Pas une trace dans la rue. Pas d’électricité. Panne. Je retourne au carreau, les fenêtres des maisons sont des trous noirs aux bords bien nets comme des tombes fraîchement creusées ; les morts ont besoin de cette harmonie géométrique qui, faute de soulager la peine des vivants, contente un peu leur raison. Au téléphone j’appelle la maison : «  pas d’inquiétude je me suis endormi, c’est drôle n‘est-ce pas ? », Mais l’appareil est silencieux, inerte. Pas de tonalité. Panne sur le réseau. La petite écoutille de mon téléphone portable        s’allume sous la pression du pouce. Ouf, la batterie est chargée. Dans ce petit monde électronique, au moins quelque chose s‘active et mène sa petite vie sous-marine.

 

(suite demain).

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 05:43

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On peut lire dans la NR :

 

"Déchets :   en 2011, la collecte des ordures ménagères a diminué de presque 1 % par rapport à 2012 (...) soit 218 kg par habitant et par an."

 

Or les statistiques nationales indiquent que la moyenne par Français est de 1kg par jour et par habitant, soit, à la louche 360 kg

Conclusion : le Thouarsais jette beaucoup moins. La preuve : il garde le "syndicat de Pays" dont on ne sait pas très bien à quoi il sert.

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Published by Balthazar Forcalquier - dans La vie Thouarsaise pour rire
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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 05:16

 

 

 

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Par 46 ° 57'  de latitude Nord et 0° 12'  de longuitude Ouest,

l'automne a poussé son mufle au fond du jardin.

Oh la belle aventure !

Nous voilà "embarqués dans les pentes".

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Published by Balthazar Forcalquier - dans En vrac
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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 05:21

  Vous n'avez pas le temps de lire ? Balthazar est là. Il écrit pour vous des phrases romanesques qui valent des volumes entiers. Vous les lisez en moins de 30 secondes et votre imagination fait le reste.

 

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Dans une lourde pierre d'un ocre serré, elle dit qu'elle veut tailler un "abreuvoir à oiseaux".

Quand les oiseaux auront disparu, cette vasque témoignera encore de leur soif.

 

 


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Published by Balthazar Forcalquier - dans PHRASES ROMANESQUES
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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 05:39

 

Un fakir peut-il se suicider ?

 

 

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Published by Balthazar Forcalquier
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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 05:08

 

 

 

 

Le récit de Louis

 

 


 Julien m’inquiétait chaque jour un peu plus. Je n’affirmerai pas que ses nerfs le lâchaient, mais je pense qu’il tombait insensiblement dans une profonde mélancolie. Or la tristesse est pour le soldat pis que le découragement. Elle ne laisse pas de prise aux copains. Je faisais exprès de perdre à la manille, mais cela lui était indifférent.

 

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Je tentais de lui raconter quelques bons souvenirs venus de l’arrière. Lors de ma dernière permission j’étais allé, au cinématographe, voir un type marrant comme tout. Charlot était impayable. Mais je racontais mal et Julien me regardait d’un air encore plus affligé.

Il me semble, mais je ne le jurerai pas, que le macchabée qui nous regardait de l’autre côté du parapet lui avait tordu sévèrement l’âme. Je ne pourrais pas dire autrement la chose. Il passait des heures à l’observer, parfois je voyais ses lèvres bouger. Il murmurait des paroles qui semblaient toutes palpitantes de colère ou de tristesse, je ne sais pas. Ce n’étaient pas de mauvaises prières, pas de ces imprécations à l’envers comme j’en avais entendues parfois une ou deux heures avant l’assaut, quand des types furieux de leur sort s’en prennent à Dieu, Jésus, tous les saints et Allah avec. Ces dingues qui allaient crever bientôt injuriaient le ciel avec rage. Dans quel état allaient-ils se présenter là-haut avec leur tête arrachée ou leur poitrine écrabouillée ?

 

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Ce n’était pas tellement de recevoir une rafale qui me foutait la trouille, c’était le grinçant de ces hommes condamnés et damnés. Je faisais tout pour m’éloigner un peu d’eux, pour que Dieu, dans ce tumulte, ne me mette pas dans le même bain où, eux, se plongeaient tout vifs.

Julien n’insultait pas Dieu, il n’y croyait pas, c’était plus simple pour lui, mais il se chuchotait des mots pleins d’épines. Je le sentais bien. Un moment j’ai cru qu’il parlait aux restes du sergent dont la moitié du corps était affalée, là, juste devant.

 

«  Eh Juju, j’vais au jus » je lui ai lancé. Cela ne lui a pas arraché un sourire. En revenant de la cambuse, j’ai croisé un peloton de légionnaires. Des durs, mais chics types. Les savoir là, tout près de nous, m’a rassuré. C’est toujours précieux de pouvoir s’appuyer sur de solides gaillards. Une fois je les avais vus dans un corps à corps. Ils maniaient un long couteau de tranchée avec une aisance magnifique, vraiment. D’un coup de lame j’avais vu une tête de boche tomber, d’un seul coup.

L’un d’eux m’a vu avec le bidon fumant, cela lui a fait envie. Il m’a suivi du regard, et voyant que nous étions installés à quelques enjambées derrière un épaulement, il nous a rejoints, Julien et moi. Il voulait un peu de caoua. Je l’ai servi. Il a causé avec Julien. Je me suis éloigné un peu pour aller chercher dans la cagna la bouteille de vieille prune.

 

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Julien avait l’air intéressé par ce que lui disait le gars. Tant mieux si Julien pouvait se détendre un peu. Dans l’abri j’ai saisi le flacon envoyé par ma petite chérie, sur l‘emballage elle avait écrit de sa fine main : «  tu la partageras avec ton ami Julien et vous penserez un peu à moi qui suis si seule. Ne buvez pas tout d‘un coup, c‘est mauvais pour la santé» Alors… Alors la terre a tremblé. Deux obus sont tombés. Deux seulement, comme si en face les canonniers faisaient juste un essai, pour voir.

 

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Dans la fumée j’ai vu le légionnaire qui m’a lancé un regard affreusement triste. Il n’avait plus de bras droit. Il regardait son unique main gauche, comme on regarde une amie. Julien avait le ventre perforé, je voyais le jour à travers. Il avait la tête d’un type stupéfait. Je lui ai fermé les yeux mais il me fut impossible de replier sa bouche ouverte. Il a été enterré comme ça, bouche bée, le ventre plein de terre..

 

Quand j’ai rangé ses affaires, il y avait une lettre dans son portefeuille, une lettre d’Élise ma femme. La lettre commençait comme ça : « Julien, mon unique amour »

J’ai pleuré longtemps.

 

Balthazar

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 05:57

  Pour finir la semaine, un récit croisé en deux épisodes.

 

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LE BRAS DU POETE

 

Le récit de Julien

 

28 novembre 1915. La neige, qui s’était interrompue vers minuit, tombe en abondance ce matin. Comme un tampon sur une plaie à vif se gonfle de sang, elle éponge le champ de bataille. Après vient le froid. Au début je l’aime cette neige, elle masque le visage noir et boursouflé d’un sergent qui me fixe depuis trois jours de l’autre côté du parapet. Ce n’est pas que ce cadavre me tracasse particulièrement. Je ne le connais pas. Il était là avant que je n’arrive. Il était déjà tout raide avec sa gueule incroyable. Il est mort – on le voit bien – mais sans comprendre, les yeux ouverts. Son uniforme fatigué en dit long sur lui : il n’était pas né de la dernière pluie.

Il s’est fait couper en deux par un énorme morceau d’obus qui est venu se ficher bien droit dans l’épaulement de la tranchée, juste derrière ma place de sentinelle. La plaque est épaisse, grande comme le fer d’une bêche, bien plate au milieu, les bords sont déchirés comme les dents d’une scie très abîmée. J’observe ce bout de métal et je pense un instant au mineur qui est allé chercher ce minerai au fond d’un boyau sombre, dans le ventre de la terre. Je songe à cette besogne aveugle.

 

 

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Le sergent a conservé au fond de ses yeux vitreux l’expression d’une profonde surprise. A force de m’interroger ainsi il a fini par me mettre mal à l’aise. « ? » Me hurle-t-il dans son silence de mort.

«Est-ce que je sais moi ! » Je lui murmure. «  As-tu une femme ? Des gosses ? Te voilà comme une grenouille sans tes pattes arrière… t’as pas l’air malin mon pauvre vieux. Savent-ils chez toi ? » Comme il insiste, il m’agace furieusement, mais je n’arrive pas à lui en vouloir sérieusement : au fond, grâce à lui, moi, je sais désormais que je mourrai sans stupeur. Je ne veux pas mourir sur une question. Quand on sait cela, je pense que la menace est dissoute d’un seul coup.

C’est sûr le sergent n’a rien senti, sa gueule le dit, il a juste eu le temps de s’interroger. Même pas le temps de se poser une petite question, il a disposé à peine de la demi-seconde qu’il faut pour que se forme un point d’interrogation dans la cervelle. La neige, peu à peu, fait du corps une petite bosse blanche presque douce et cela me fait du bien. Maintenant j’aurais presque du plaisir à regarder le champ de bataille à travers le créneau.

 

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Les gars d’à côté sont arrivés hier. Louis qui est revenu avec un bidon de café les a croisés : «  ce sont des légionnaires, des durs » a-t-il dit. Des durs…Cette expression me fait doucement rigoler. Un dur, peut-être que le sergent l’était. Un dur de dur qui battait sa femme. Ou bien un dur avec un cœur d’artichaut, le genre de gros bras qui verse une larme à tout bout de champ… ou qui s’étonne quand il est coupé en deux tout vif.

 

Alors qu’avec Louis, on se chauffe les mains sur la timbale brûlante un type s’approche. Au revers de sa capote : la grenade brodée à sept flammes. C’est l’un des légionnaires. «  Salut les gars, z’avez pas un peu de caoua pour bibi ? » Il a dans ses yeux bleus une façon de se foutre de la gueule du monde qui m’enchante d’emblée. Il tend son quart, on lui verse son café. «  Épatant ! Merci. Il est comment le secteur ici ? » Un accent qui traîne un peu tombe de ses lèvres épaisses, elles sont comme les bords d’une cicatrice gonflée, mais bizarrement ce n’est pas laid du tout. Louis répond «  comme-ci, comme ça. » La question n’a pas d’intérêt, la réponse non plus. Il a demandé cela par politesse, comme on demanderait, en temps de paix, des nouvelles de la famille.

 

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                                                             Blaise Cendrars.


Son café avalé, il s’adosse à la tranchée, tire une longue pipe déjà toute prête qu’il allume. Bien sûr, il a vu l’éclat d’obus noir et luisant. Il n’a dit rien. Alors je l’interroge un peu. Il répond aimablement. Il est suisse. Il s’appelle Blaise Cendrars. Il est poète à ce qu’il dit. Il s’est engagé parce que l’action c’est de la poésie, et que l’occasion était belle de s’y plonger tout entier. Je me demande s’il est fou ou s’il a du génie. Il était au 3e régiment de marche du 1er régiment étranger, puis après dissolution de celui-ci il a rejoint le 2e de marche du 2e étranger. Il porte à l’annulaire de la main droite une bague simple découpée dans un morceau de douille. Comme j’observe cette fantaisie assez inhabituelle pour un “ dur ” il sourit et précise : «  comme le dit un pote à moi, Apollinaire, lui aussi poète, c’est une bague taillée dans un métal d’effroi. »

 

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                                                                 Apollinaire.

 

Alors… son regard bleu s’échappe vers le ciel. Son bras arraché me frappe au visage et, comme un linge trempé, me mouille de sang. L’obus est arrivé en traître sans un souffle. Il a percuté juste derrière le poète, dans ce ciel blanc, sans un miaulement.

 

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Mes oreilles se sont mises à siffler atrocement, la seconde marmite est tombée à ma droite, la déchirure soudaine m’a ouvert le ventre. Avec une insondable surprise j’ai vu mes entrailles dans la boue, j’ai marché dessus. Le café bu, dilué au sang, était sur mes jambes. J’ai perdu connaissance en même temps que la vie. Pourquoi ?

 

Demain, le récit de Louis.

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