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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 05:52

meredith

 

 

 

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Je sors ce matin. Il neige mollement, pourtant le ciel est très lumineux. Le vent pousse les flocons devant lui et joue avec eux. J’ai eu cette nuit une idée qui m’enchante. Je progresse facilement avec ma paire de raquettes toutes neuves exhumées du grenier dans le magasin de sport. L’air est vif. Je sifflote un air dont j’ai oublié le nom. J’arrive à mon but : la boutique de l’opticien. Je n’abîme pas sa vitrine dont un bon tiers est caché sous la neige. Je passe par derrière, je force une porte, j’entre. L’air n’a pas d’odeur.

Le magasin est glacial, aucune poussière sur le comptoir. Je trouve rapidement ce que je convoite. Je choisis le plus gros et je rentre. Il ne neige plus. Un vague soleil jaune pâle perce, morne quinquet ; la nuit il arrive que la lune fessue soit plus amicale.

Chez moi je m’installe. J’ai mis le microscope tout neuf devant la fenêtre. Il sent bon le plastique tout neuf et solide comme savent l’être ceux qui composent les ustensiles de précision, et de prix. Une odeur imprègne alors ma mémoire : celui de la 4 chevaux. Cette voiture avait un parfum rare et pourtant familier de bakélite, de feutrine et de colle, je m’en souviens avec délice. La traction Citroën aussi avait son odeur, mais d’une suavité plus mécanique. La 4 cv fleurait les vacances, la traction sentait le travail. Après les autos n’ont plus jamais eu d’odeur, je veux dire leur propre odeur. Mon esprit vagabonde sur les antiques nationales ombragées, je penche la tête au dehors et gobe un vent chaud ;  je quitte la route, je survole la tignasse ondulée des sous-bois qui débordent en cascades généreuses sur de grasses pâtures bocagères plantées de peupliers trop sérieux alignés en escorte sur les berges de ruisseaux indisciplinés, où le soleil se noie dans les flots bruns propices à la chasse du brochet à l’affût ; je file, j’amorce un ample virage sur l’aile en planant au-dessus des canyons rouges où les ombres tombent rudement des falaises piquées de buissons secs, tondus, âpres et doués pour la survie, l’obscurité inquiétante plonge jusque dans un creux mouillé où miroite une coulée verte émeraude d’un froid de glacier en débâcle, d’un coup d’aile je prends de l’altitude et je glisse par-dessus le tweed grisé du Causse alourdi d’énormes blocs de rochers incapables de nourrir leur mince pellicule de lichen pelucheux, des bosquets inhospitaliers de genévriers craquants hébergent des couvées de mésange à l’étage et des nichées de musaraignes dans ses racines, je le sais ; je suis maintenant au-dessus de la mer qui frémit dans une brume d’été, au loin une île flotte où j’irai bientôt reprendre mon souffle et détruire, de mes griffes et de mes pattes calleuses, le tunnel où se cache le serpent.

Je sors de ma torpeur, elle prend une place sans cesse plus grande ces temps-ci. J'ai des sentiments de rapace.

   

Le microscope m’attend de sa patience d’objet, je la connais, il m‘arrive de la partager.

(La suite demain)

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 07:43

 

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  Je n’ai plus de journaux ni de livre à brûler depuis longtemps. J’ai consumé une énorme réserve de charbon puisée dans le sous-sol, et j’ai entamé une montagne de planches dans l’atelier de menuiserie adossé à ma librairie.

 

Je ne me résous  pas à abattre le chêne qui borde la place centrale. J’aurais pourtant du combustible pour plus d’un an. Mais non, il est mon compagnon unique, mon grand frère. Il dort de son sommeil de bois depuis qu’il neige. Lui aussi est baigné d’éternité. Il est patient. Parfois je vais poser mon oreille sur son écorce. Je lève la tête, sa ramure est colossale, elle répète sur le fond du ciel blanc sa savante construction crochue et noueuse jusqu’à n’être plus que brindilles très haut dans le ciel. La neige n’a pas de prise sur cette fine architecture qui se balance au vent. La neige a seulement réussi à se lover en écharpe dans l’embranchement des trois branches maîtresses, puis elle lâche prise en prenant de l’altitude.

Je ne puis tirer cet arbre de son épais sommeil, mais je sais intimement, qu’il est vivant, qu’il respire au rythme d’une pulsation tous les deux ans, peut-être un peu plus. Je ne manque jamais de le saluer tous les jours quand je m’étire devant la fenêtre blafarde.


Hier, ou voici deux mois, un an peut-être, je ne sais plus, j’ai confectionné vingt et un bonshommes de neige que j’ai alignés à la parade sur la place. Je me suis amusé à passer cette troupe en revue. J’étais le général de la froide soldatesque. Une nuit un blizzard a tout jeté à bas, seul survivant, je me suis replié dans mon bunker, mon nid d’aigle.

(La suite demain)

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 05:55

  Vous n'avez pas le temps de lire ? Balthazar est là. Il écrit pour vous des phrases romanesques qui valent des volumes entiers. Vous les lisez en moins de 30 secondes et votre imagination fait le reste.

 

personnage 4

 

 

 

 

- Il paraît que, désormais, dans les églises ils servent des hosties sans OGM.

- Ah ? c'est bien

(Balthazar Forcalquier).

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Published by Balthazar Forcalquier - dans PHRASES ROMANESQUES
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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 04:52

Un moustique végétarien ne fait pas de vieux os!

(Balthazar Forcalquier)

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 04:40

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Hier, je me suis souvenu qu'au bureau la secrétaire avait, jadis, une horloge-calendrier à pile. J’ai monté une expédition pour aller là-bas : sac à dos bourré de provisions, une bobonne de gaz, un litre de vodka, dix bougies, une grosse boîte d‘allumettes. Trois heures  pour descendre le boulevard Jean Jaurès et remonter la rue Louis Lumière : 700 m. La fenêtre de mon bureau a volé en éclats sous le fer de la hache. Je me suis faufilé dans la pièce. Rien n’avait changé. Mon carnet de notes ouvert conseillait d’appeler le lendemain le député pour savoir s’il était candidat à sa succession. Vanité, tout n’est que vanité et poursuite du vent. Dans le tiroir de la secrétaire la pendule-calendrier était bien là, glacée, inerte. Depuis quand sa pile était-elle épuisée? Le cadran marquait 22 h 47, 23 novembre, ....  .  Le temps est aussi figé.

Des mois sont passées si vite. Peut-être des années, comment savoir?

Est-ce une expérience de l’éternité, une épreuve ? L’éternité n’est pas une accumulation de temps qui s’empile sans fin, ni un long ennui qui s‘étire en longueur, ni une masse morne sans borne. L’éternité peut être une seconde fugace. L’éternité c’est l’absence de temps. J’y suis plongé sans doute. Comment puis-je mesurer le temps écoulé ? Je cherche dans ma mémoire les visages des miennes, qu'ils sont lointains ! Et la jolie voisine comment s’appelait-elle déjà ? Était-ce hier que j'y pensais ? Ou bien l'an dernier ? Je rebrousse chemin.

J'ai "le coeur tordu".

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 05:38

 

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Depuis le temps, j’ai perdu le sens du temps. Les nuits et les journées s’enchevêtrent, s’agrègent, se gèlent ensemble. Mes déchets jetés par la fenêtre sont avalés par la neige de la nuit et du jour. Je sors très peu. Mon univers est réduit à un espace restreint  devant la cheminée où brûle un feu constant. Je lis, je médite, je hurle à la lune, je jouis de mon souffle, j‘aime surtout expirer longuement. Je ne m’ennuie jamais. Je pense à elles, à Alma.

Chaque matin est semblable au précédent, aussi net.

La neige devient si épaisse et si dure qu’elle commence à bloquer les portes des boutiques. Depuis longtemps les voitures sont gelées et figées. Je ne me déplace désormais qu’à pied chaudement chaussé de bottes fourrées, vêtu de plusieurs couches d’anoraks, de gants, de cagoules, d’écharpes prises dans le magasin de sport juste en face de ma maison de la presse- France-loisirs. Et j’emporte toujours une bonne hache pour faire exploser les portes vitrées prises dans le gel. Je laisse pousser barbe et cheveux avec l’espoir vain d’y découvrir une puce. Même les parasites semblent avoir désertés ce monde

(La suite demain)

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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 05:27

 

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Je brûle aussi des magazines de sport, de mode, et je voue une gratitude spéciale aux annuaires obèses prélevés dans la Poste voisine, ils tiennent la braise toute la nuit. Des milliers d’adresses aujourd’hui sans âme me réchauffent. Merci à ces gens.

Je mange bien et beaucoup. Je m’installe dans ma solitude avec une sorte de fatalité qui n’est pas sans suavité. J’attends que mes amours reviennent, souriantes et gracieuses. Je serai là pour les accueillir. Je prends soin de remettre les revues érotiques dans leur présentoir  après les avoir fébrilement feuilletées. Je n’ai rien oublié des êtres humains, rien oublié des femmes, de leur regard et de leurs façons. Autrefois, dans le monde d’avant, les garçons étaient prudes en dépit d’immondes vulgarités. Les filles rompues aux menstrues avaient, paraît-il, de rudes confidences entre elles. Un magazine de psychologie, trouvé au rayon féminin du rez-de-chaussée, l’affirme et titre  : « entre elles, les filles s’en racontent des vertes et des pas mûres. » Elles furent toujours les maîtresses du jeu, je le sais bien, capables de jouissances secrètes en tout lieu. Audacieuses souvent derrière leur candide sourire. Elles se donnent croit-on mais c’est faux, elles accordent. Je lis encore cela dans le regard qu’elles dévoilent au fur et à mesure que je tourne les pages devant le tourniquet des “magazines de charme“.  

Je dors tout mon saoul. Je laisse sur le rebord de la fenêtre, dans cet appartement du troisième étage, trois bougies constamment allumées. J’en ai rapporté une réserve de l’église, que j’ai trouvée naturellement glacée et encore plus vide que d’habitude. Je peux tenir -  j’ai calculé - quatre mille nuits. Après, j’irai au rayon “entretien de la maison” au supermarché où huit cents boîtes de dix chandelles sont encore disponibles.

Au début, à la nuit tombée je scrutais le masque noir de l’horizon avec le petit espoir d’apercevoir au loin, quelque part, une lueur. Il n’y a rien. Pas de feu, pas de fumée aux cheminées, pas de trace. Il n’y a que moi et le reflet de mes yeux sur le carreau où miroitent  mes trois mèches allumées. Je fais le plus de bruit possible, Je laisse des marques partout, mais personne ne me voit. Sur le mur de la maison de la presse, avec un morceau de charbon de bois, j’ai écrit en grandes lettres ce message : «  Je suis là ! »

(la suite demain)

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 05:14

 

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Personne dans la pâtisserie. Je mes sers sans vergogne. Je remonte la rue à pied jusqu’au supermarché. Il est abandonné aussi, je suis seul et riche de mille kilos de chocolat, huit cent mille boîtes de cassoulet, huit mille paquets de nouille, trois mille piles LR 6, LR 4, LR 14, un gros stock de bouteilles de gaz de toutes les tailles, soixante dix-huit milliards d’allumettes… Je ne manquerai plus jamais de rien, et un soudain désespoir me terrasse.

Il neige, et le monde ne répond plus.

  Je me suis installé dans les appartements du libraire-maison-de-la-presse. En plein centre ville. Les journaux quotidiens affichent la date du 29 novembre 2006.  A la une, ils annoncent qu’une femme a toutes les chances de devenir présidente de la République. Un pape est en visite chez les musulmans. Conseil horoscopique pour les Poisson : “Couvrez-vous, risque de coup de froid” . Voilà huit jours que je n’ai vu âme qui vive, ni un chien, ni un chat, ni un oiseau, ni même la trace d’un rat. Dans le supermarché voisin j’ai ouvert, sur le tapis roulant de la caisse, une plaquette de beurre. Chaque matin je passe la voir, elle est intacte. Pas même un rat ! La neige tombe par longues séquences épaisses, puis s’interrompt comme si elle était dégoûtée de ses propres excès ; mais sa nature commande, elle recommence. Le froid la gèle par plaques d’une violente dureté. Ce froid n’a rien d’amical. La neige : je ne sais pas encore. Naguère elle était la compagne de nos jeux et de nos câlins. Je n’ai pas oublié cela.

Je brûle dans la cheminée des livres, ils ne manquent pas. J’ai mis de côté Proust, Gracq, Cendrars, Rimbaud, Apollinaire, Verlaine, René Char, les évangiles (ceux du canon et celui de Thomas). Je flambe hardiment une autre littérature qui sut émouvoir les midinettes et qui, aujourd’hui me réchauffe. Un livre porte ce titre mystérieux : “ La Cornemuse Vétilleuse”. A quoi peuvent bien penser les auteurs… On se le demande ! 

(la suite demain)

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 05:55

 

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La ville est vide. Je n’ai pas croisé un chien, ni un chat. La neige qui a cessé depuis une heure s’accumule dans un ciel très bas et nu sans la moindre rayure d’oiseau. Hier, je me souviens, j’aimais bien voir les oiseaux filer précipitamment vers des tâches inconnues mais certainement essentielles, à en juger par leur empressement à traverser l’espace. Je me suis toujours demandé où les oiseaux allaient avec ces façons impérieuses, et singulièrement à la nuit tombée, quand les retardataires donnent l‘impression de rentrer en hâte avant un impératif couvre-feu,  comme si leur vie en dépendait. Pas d’oiseau aujourd’hui. Je retourne à la maison, vide encore. Je reviens en ville, elle est toujours morte. La neige recommence à tomber. Il devient difficile de rouler. Je retourne au bureau. Pas de téléphone.

La radio du 4x4 ronfle sans un mot ni une note. J’ai faim. Je roule jusqu’à la place centrale «  recouverte de son blanc manteau » comme écrirait le journaliste local. Je pousse la porte de la meilleure pâtisserie, et la plus chère. Je suis connu, je suis client, je suis fidèle. Personne. J’appelle. Personne. Je franchis la frontière interdite, gardée d‘habitude par un molosse placide et une grosse pâtissière mafflue et toujours mal aimable : je passe derrière la caisse. Le chien n’y est pas, la matrone non plus.  J’entre dans le couloir qui donne dans l’appartement. Toutes les pièces sont vides. Sur la table du salon deux DVD pornographiques. Quelle solitude ! Je reviens dans la boutique, les gâteaux sont à portée de main. J’avale deux mokas, trois religieuses, je glisse un paquet de nougat dans ma poche. Je paierai plus tard, je m’excuserai plus tard, c‘est un cas de force majeure. Et si la pâtissière m’invite à prendre l’apéritif pour me faire pardonner, je déclinerai l’invitation. Cette pensée me fait sourire pendant que je remonte la rue à pied jusqu’au supermarché.

(la suite demain)

  

 

 

 

 

 

 

 


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18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 05:31

  Vous n'avez pas le temps de lire ? Balthazar est là. Il écrit pour vous des phrases romanesques qui valent des volumes entiers. Vous les lisez en moins de 30 secondes et votre imagination fait le reste.

 

 

Deux aujourd'hui parce que c'est la  St-Hésyque d'Antioche, ça se fête !

 

grande caisse

 

 

 

La photo est un art imparfait, comment savoir si un sourire sur un visage annonce une joie ou l'achève ?

 

 

soleil rieur

 

La jouissance du soleil est la même pour l'ours et pour le papillon.

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