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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 05:18

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Hier elle a ouvert la petite armoire où je remise les alcools. Elle a bu au goulot un vieil Armagnac et y a pris beaucoup de plaisir. Sa peau diaphane a pris des couleurs d’un rose inouï. Elle a beaucoup ri. Pour ne pas être en reste j’ai bu aussi. Nous buvons beaucoup désormais, et la moindre grimace nous fait rire aux larmes. Le monde prend des couleurs qui virent au blanc orangé avec des nuances jaune d‘or, les flocons sont ivres aussi, les flammes titubent le long des bûches, le temps devient élastique. Mon désir est toujours comblé et le sien aussi.

Nous avons trouvé un jeu merveilleux : le cocktail des amoureux.

En voici le principe : je prends une lampée de rhum, puis une autre de vodka, et encore une de gin. Je remue tout cela dans ma bouche. Elle s’approche, tend ses lèvres et je lui distille la liqueur dans la bouche. Elle fait de même et invente d’autres mélanges. J’adore son  “royal feu” comme je l’ai baptisé : vieux cognac, vieil armagnac, vielle prune, et une petite note de framboise. Elle a vite appris la formule qu’elle ne prononce jamais. Si je dis “royal feu” elle trottine vers le bar, les fesses en l’air, embouche les quatre goulots successifs, vient s’asseoir sur mes genoux les joues gonflées et verse le cocktail goutte à goutte sur ma langue. Elle a une préférence pour mon “tonic gonzesse” : Rhum, vodka en parts égales, un demi-bouchon de Martini, un autre demi-bouchon de sherry. Bien faire chauffer dans la bouche. S’approcher de la belle, mettre un peu de neige sur sa langue, et verser le cocktail directement d’un jet direct au fond de la gorge. Elle le boit cul sec puis s’esclaffe en se mettant le poignet devant la bouche.

Nos enlacements ont pris du degré. Parfois au réveil, les mélanges ont été meurtriers et nos crânes douloureux roulent sur le bord de la fenêtre enneigée. A ce rythme nous devrons aller faire les courses demain.

( la suite lundi)

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 05:09

 

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Comme elle somnole, j’écarte la couverture, je me lève.

 

Je reviens avec ma flûte. Elle dort sur le côté, le visage vers la cheminée. Elle ne me voit pas. Je souffle, le son roule dans le roseau et s‘écoule dans la pièce. Elle s’étire et berce doucement sa tête au rythme de la musique.

_ «  Tu n’es pas sourde donc. Tu entends. Comme t’appelles-tu ? »

Elle me décroche un sourire magnifique et d’un geste éloquent, bras tendus, m’ordonne de la rejoindre.

 

Nous vivons ensemble depuis plusieurs jours, nous ne nous quittons pas. Elle m’embrasse toujours goulûment comme si elle ne connaissait pas d’autre manière de faire. Elle est très tendre, très attentive à me plaire aussi. Elle a très vite su que j’aimais tout particulière sa coiffure lorsque ses cheveux sont noués en queue de cheval et que, de chaque côté de son beau visage, s’écoulent des mèches folles. Quand elle s’apprête ainsi après l’étreinte, elle me dévisage en souriant. Elle ne parle pas. J’ai essayé de lui présenter une craie et une ardoise, elle n’a su qu’en faire. Cette femme est terriblement sensuelle, mais elle ne parle pas, n’écrit pas, ne chantonne pas, ne cuisine pas, en revanche elle embrasse furieusement et n’a aucune pudeur. Une louve en somme.

(la suite demain)

 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 05:55

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Elle me regarde très tendrement mais ne répond pas, elle ne cherche même pas à me comprendre.

_ «  Tu m’entends ? »

Elle ne répond pas. Je lui tend un tablette de chocolat. Elle s’en empare avidement et l’avale en la croquant bruyamment. Ses yeux sont très beaux. Elle ne semble pas étonnée. Je lui prépare une soupe qu’elle boit d’un trait, et toujours sans un mot elle engloutit deux boîtes de cassoulet.  Elle s’essuie la bouche du revers de la main, me sourit de toutes ses belles dents, se lève et, toute nue, amorce une danse en sautillant autour de moi. J’imagine qu’elle me remercie. Elle s’approche, enlace ses bras autour de mon cou et m’embrasse longuement “à la française”, sa langue a le goût de cassoulet. Et, très impudiquement se frotte à moi. Elle a faim d’un autre désir. Elle est experte, car elle sait parfaitement où glisser sa main pour éveiller mon intérêt. Elle rit. Ses yeux rient. Son visage rit. Son corps rit. Elle me prend une main et la pose sur ses seins menus. Elle ne dit rien mais s’exprime très explicitement. Je n’ai rien oublié de ce que la nature commande alors.

J’ai plongé dans la soie de ses jambes.

 

  Le feu s’est assoupi, nous aussi. Au réveil nous sommes encore enlacés. Je suis fourbu. J’ai répondu à toutes ses exigences de femme et de reine. Elle a commandé, j’ai obéi. Sa faim était terrible, je crois l’avoir apaisée.

(La suite demain).

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 05:32

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Dans la lueur des flammes, j’observe son beau visage où viennent glisser, parfois, des mèches aux reflets roux. Elle n’a pas cessé de sourire. Le jour est levé depuis une heure, armé d’une lumière aiguisée patiemment forgée au bleu de la neige. Cette luminosité extraordinaire s’est mise en tête de chasser le moindre coin d’ombre de la pièce, elle s’y applique avec une obstination et un talent que seule la nature peut déployer ; et tout semble désormais sans relief, les volumes sont plaqués, écrasés, par le reflet violent du soleil sur le miroir du gel. Les meubles, les objets quotidiens semblent s’écarter d’eux-mêmes sous l’effet de ce sortilège. Tout concourt à faire de cet instant un miracle. Mon visage est exactement à l’aplomb du sien, je suis courbé sur elle comme un homme saisi dans sa prière. Je ne veux pas manquer cet instant où elle ouvrira les yeux. Dans le blanc qui nous baigne ses paupières s’écartent doucement et le noir de son regard s’ouvre sous le mien, j’y dégringole. Elle m’accueille. Je lui caresse la joue, elle embrasse mes doigts très doucement.

 

_ « Bonjour. As-tu faim ? Veux-tu dormir encore ? As-tu assez chaud? D’où viens-tu? Je n’ai vu personne depuis si longtemps, comprends-tu ce que je dis? Je peux te faire un grand bol de soupe, le temps de faire fondre un peu de neige. Pomme -de-terre-poireau? Qui es-tu ? Ô comme je suis heureux, enfin. As-tu marché longtemps ? Je suis Balthazar. Et toi ? »

( la suite demain)

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 05:04

 

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Elle doit avoir 25 ans ou un peu plus, j’imagine. Elle respire doucement maintenant, et sourit dans son rêve. Oh quel sourire! Il révèle des fossettes charmantes d‘enfant. Je n’ose passer de la friction à la caresse. Je recule un peu. Je la couvre. Je la regarde. Elle ronronne d’aise et d’un mouvement plein de sommeil laisse échapper sous la couverture une longue jambe et son pied ravissant. Elle sent très bon le rhum. Je veille à conserver un feu nourri. Il fait dans la pièce une chaleur de désert ensablé. J’approche de mes lèvres la grande flûte de roseau, et je joue une mélopée grave qui accompagne, dans mon souvenir confus, la danse moelleuse d’un voile de soie sur les reins d’une femme inconnue, elle a les poignets ambrés de dessins au henné et fait tinter trois bracelets d’argent. Elle porte, hiératique, sur sa tête, une jarre d’eau claire qui clapote fraîchement  au roulement de sa marche.

La nuit passe ainsi.

(la suite demain)

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 05:56

    Vous n'avez pas le temps de lire ? Balthazar est là. Il écrit pour vous des phrases romanesques qui valent des volumes entiers. Vous les lisez en moins de 30 secondes et votre imagination fait le reste.

 

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Nous allons nos vies brutales, tu le sais bien. Désorientés nous cherchons autre chose avec une infinie tendresse et une pudeur sublime.

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Published by Balthazar Forcalquier - dans PHRASES ROMANESQUES
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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 05:53

Si Dieu n'existait pas, il y a longtemps

qu'il nous l'aurait dit

( Balthazar Forcalquier)

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Published by Balthazar Forcalquier - dans L'aphorisme de la semaine
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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 05:43

 

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Elle est inanimée, mais je sens la faible chaleur de son corps sous ma main. Je la prends dans mes bras, qu’elle est légère ! Si légère. Sans effort je retourne chez moi, je monte les escaliers, je l’allonge devant la cheminée. Son visage est gracieux, le front haut, les sourcils sont bien dessinés, un peu froncés, ce sont ceux d’une fillette têtue. Le nez un peu long, les lèvres jolies mais très pâles, le menton est d’un bel ovale gracieux qui compose une harmonie fort délicate avec son front dégagé . Elle est évanouie. Elle frissonne. Je me précipite sur ma réserve spéciale : tout un assortiment d’alcools forts pour les soirs de lassitude. Vodka. C’est bien la vodka. J’hésite. Je prends aussi du rhum agricole à 55 °, j‘assemble les deux eaux de vie dans une casserole. Je lui enlève son manteau, un pauvre par-dessus de laine usée. Une blouse en feutrine, un paletot bizarre composé de morceaux de fourrure assemblés. Une robe. Pas de sous-vêtements. Je lui retire ses bottes, ses trois paires de chaussettes. Elle est maigrichonne mais pas sans finesse. Je la frictionne hardiment, des épaules au talon, sous les seins qu’elle a menus, sur le ventre, le long des cuisses fuselés très blanches, les mollets longs. Je la retourne doucement, j’active le feu. Je lui frotte les dos, les reins et la rondeur des fesses. Je n’ose pas d’autres gestes que ceux, précis et détachés, qu’impose l’acte médical. Mais tout de même je suis troublé par son corps et sa beauté légère, le saillant de ses clavicules et la rondeur si féminine de ses hanches. Je masse doucement  le revers de son poignet où des veinules bleues très émouvantes apparaissent sous le grain d’une peau qui me rappelle la soie. Soie également à l’intérieur de ses cuisses. Où ai-je déjà palpé cette soie ? J‘ai déjà ressenti cette impression d’infusion moussue sous les doigts, j’ai déjà eu ce sentiment de froisser le souffle chaud qui dévale du sud, j’ai déjà eu l’envie de plonger la main dans cette étoffe semblable aux vents qui bercent les palmes et alanguissent les corps. Je ne retrouve pas ce souvenir dans ma mémoire, mais je suis familier de cet émoi qui a une couleur ocre et les moirures ondulantes du sable. D’un geste très lent je soulève de mon index sa lèvre et je découvre des dents immaculées et mouillées. Une petite langue animale perce. J’ai très envie de l’embrasser, mais j’attendrai.

( la suite lundi)

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 05:27

 

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Ce matin il ne neige pas. Le ciel est même d’un bleu extravagant avec tout ce blanc en bas. Je bâille, je me gratte, j’avance mon front au carreau pour saluer mon frère le chêne. Et soudain je reste figé. Là, juste en bas, au milieu de la place, je vois une forme. En tremblant,  je saisis la paire de jumelles qui ne bouge jamais de là, j’en possède plusieurs paires ailleurs, mais celle-ci est là depuis le premier jour. Je vois nettement un corps étendu. Je reste interdit et je sens ma poitrine qui pousse un long hululement. Le vieux chêne a frémi, je crois. Je dévale les escaliers, je m’enfonce dans la neige de la nuit jusqu’à mi-cuisse, je parviens à une partie gelée plus dure, j’approche, du corps. J’approche. Je me penche sur la longue chevelure de cuivre doré, je dégage le visage, c’est une FEMME !

( la suite demain)

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 05:16

 

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Le microscope m’attend de sa patience d’objet, je la connais, il m‘arrive de la partager. Je cherche une épingle. J’en trouve une nichée comme un animal craintif dans le repli de la banquette. Une couturière d’un autre temps l’a perdue là, entre broderie et ourlets. Cette époque, il faut avouer, avait ses charmes domestiques.

Je pique d’un coup sec le bout de mon index. Le sang qui perle est répandu sur une plaquette de verre et recouverte d’une lamelle. Je place la préparation sous les pinces du microscope. J’avance mon œil, je règle le miroir et… Je vois… Je vois mes globules s’agiter convulsivement.

 

JE VOIS, HORS DE MOI, DU VIVANT BOUGER.

 

Je hurle ma joie.

Je regarde longtemps les animalcules flotter dans leur soupe rose, puis se fatiguer jusqu’à ralentir à l’extrême. Je possède désormais un remède définitif à la mélancolie. Je vais examiner tous les jus, toutes les humeurs de mon corps, mes excréments aussi. J’ai devant moi une tâche immense dont la perspective me berce jusqu’au sommeil.

Bref compte-rendu de mes explorations :

_ Larmes : rien à voir.

_ Morve : personne.

_ Peau morte : absolument morte.

_ Cérumen : trop opaque pour laisser passer la lumière.

_ Vomis : impossible de reconnaître le cassoulet en boîte.

_ Salive : faux espoirs. Ce que j’ai pris pour un bacille était un effet d’optique, un objet annelé et translucide qui a traversé mon regard sans se retourner mais en bifurquant bizarrement comme un être ivre.

_ Urine : néant, et tellement décevant.

_ Merde : nature morte.

_ Sperme : j’ai essayé une fois et j’ai pleuré. Ce bouillon était trop grouillant. Et cette précipitation blanche, désordonnée et désespérante, et forcément vaine m‘a mis mal à l‘aise durant plusieurs heures. Je n’ai pas recommencé.

_ Sang : jamais de déception, il est désormais mon ami fidèle, mon vivant actif, mon mouvement extérieur, mon intime ravissement, mon attendrissant compagnon aux chaudes nuances.

( la suite demain)

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