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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 05:15

 

 

 

Mes bien aimées,

 

 

Dans une heure, peut-être moins, ils viendront. Ils me pousseront contre le mur et me mettront en joue. Ils m’ont tendu ce papier et ce crayon avec une indifférence qui m’a troublé. Il n’est pas facile de dire combien vous me manquerez. Le savez-vous ? Je suis calme. Ai-je mal fait en m’engageant dans l’insurrection ? Peut-être si j’avais été plus sage serais-je parmi vous ce soir ? Il est terrible de n’avoir qu’un crayon, une feuille de papier et des minutes devant soi. Je n’ai guère envie de prononcer l’une de ces phrases très belles qui font le tour des souvenirs. Pardonnez-moi. Je ne sais comment vous dire. 

 

Je reprends le crayon, c’est trop bête tout de même. Je n’ai pas peur, mais je ne sais comment faire. On n’apprend jamais aux hommes à écrire leur dernière lettre. 

 

Je ne sais pas si notre lutte aura un jour servi à quelque chose. Je pourrais, mes aimées, vous dire que j’ai combattu pour vous, pour votre beauté, pour votre douceur. Ce n’est pas entièrement vrai. J’ai pris les armes par défi.

 

Et vous serez seules dans vingt minutes.

 

Je reprends encore ce crayon abandonné après l’avoir tourné longtemps entre mes doigts. J’ai pensé une seconde froisser la feuille et ne rien écrire du tout. La littérature n’est d’aucun secours, hélas. Et la poésie, qui fut si fidèle jusqu’à présent, sonne comme une cloche fêlée. Plus rien donc ne vient, que les pas, tout à l’heure, de la sentinelle.

 

Vous me manquerez atrocement, et aussi le lent bercement des feuilles au-dessus de notre maison, et le soleil sur le carrelage, et Bach, et le parfum du pain grillé, et le fracas de vos rires.

 

J’ignore encore en cet instant si tout cela avait un sens, je veux dire ces combats. Si un jour mon nom figure sur une plaque, n’y allez pas. Ne venez pas sous les drapeaux déposer de ces gerbes aux fleurs coupées court  et piquées dans un carton, toutes semblables et enrubannées. Je ne dis pas cela par humilité, mais parce que je ne sais pas si tout cela avait un sens. Je crois être un peu courageux, mais est-ce que cela a un sens aujourd’hui? Je vous aime, mais est-ce que cela a un sens aujourd’hui ? 

 

Je vous laisse, je vais ranger mes affaires pour m’occuper l’esprit.

 

C’est à dire que je ne possède rien, alors me voilà de retour. Je vais écrire jusqu’à la dernière limite pour n’avoir pas à me relire..............

Dans ma cellule je ne vois que le ciel qui est d’un bleu sans couleur. J’entends un chien au loin, un petit chien certainement avec sa façon qu‘il a de japper haut perché. J’ai gravé sur les murs le nombre de jours que j’ai passé ici : 78. Mes engelures sont douloureuses. Je n’ai pas faim, bizarrement. Un peu froid. Je viens de me gratter la tête tondue. J’ai les ongles sales et un peu de barbe. Je ferme les yeux et j’ expire, c’est très agréable. Votre dernier colis, je l’ai reçu il y 20 jours.

 Ils arrivent.

 

Carnet-1914.JPG1-jpg

 

 

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Published by Balthazar Forcalquier - dans En vrac
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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 05:55

Un jour, enfin c'était un soir. Moi, journaliste fatigué et imbibé j'avais envie d'aller me coucher. Mais j'avais donné ma parole à l'association de Thouars, "Blues & C°" d'aller écouter son invité, un obscur amerloc au nom brutal : Ron Hacker. Pfff! Je me suis enfilé deux Duhomard d'affilée (l'apéro de Thouars, car Thouars n'a pas de drapeau, mais il a un apéro), puis un troisième pour faire bonne mesure. J'ai pris mon auto, cap vers les quartiers nord, ceux des immenses entrepôts déserts et des entrelacs de rail. Le "village noir" que ça s'appelle. Pas faux mon frère. J'ai tourné un moment avant de repérer une lueur à travers une fenêtre crasseuse. La voiture a calé. Les bouteilles vides, bousculées par l'a coup ont teinté dans mes pieds. C'était là.

Dans la salle trois pelés, un tondu et mon haleine chargée. Dans un coin un type avec un regard à t'écorcher vif. C'était Ron Hacker, coincé entre un radiateur et un extincteur. Il a pris sa vieille guitare toute rayée. Elle n'avait de son vernis initial que quelques bavures sur les flancs. Et du scotch sur la caisse. J'm'suis dit " oh mille barriques enfumées! Sapristi ! qu'est-ce que je suis venu faire ici ?". J'ai filé vers le bar, il n'y avait pas d'alcool. " Un jus de pomme ? " m'a demandé Eric avec un sourire à se foutre de ma gueule (enfin je crois), je lui ai lancé un regard à l'écorcher vif, quand soudain, l'autre, le Ron là, a commencé à jouer. J'ai frissonné, je jure que c'est vrai. Son blues est rentré tout vif, tout grésillant, tout palpitant dans ma carcasse.

Comme ils avaient éteint la lumière du plafond gris, et qu'il pleuvait  dehors, j'ai fait semblant d'essuyer mes lunettes, mais... en vrai... Je pleurais.

( Bon c'est un peu romancé, mais en gros c'est vrai)

 

 


 

Ron vient de sortir sa bio, un bouquin traduit par les boys de "Blues & C°", édité par les boys de "Blues & C°", vendu par les boys de "Blues & C°". Autant dire que ce n'est pas parti pour un être un best-seller. Pour l'avoir tentez de cliquer là

 link

ou copier/coller : http://www.blues-n-co.org/?cat=6


Moi, j'voulais pas l'lire. Moi les écrivains étrangers, j'aime pas trop. Et puis après un 3e Duhomard comme je m'affaissais dans mon fauteuil ma main heurta le bouquin qui traînait par terre. J'ai ouvert, j'ai commencé à lire et, ô mes frères, j'ai frissonné ( et la cuve à fuel vide n'y était pour rien la garce).

La vie de Ron n'est que plaies, bosses, cahots, flamboiements, fuites, déchirures, balafres. Perdu ( il dit de sa mère " les graines de tristesse et de colère qu'elle avait plantées en moi avaient pris racine et dans quelques années ces plantes allaient être en floraison"),  il se frotte à la violence quotidienne dans sa ville d'Indianapolis ( "une ville dure, et ça n'allait pas être facile d'éviter la prison. On ne savait jamais ce qui allait sortir de la pénombre pour vous mordre le cul"),conducteur de char (  parce qu'il aime la soudure et qu'un char "c'est le plus gros morceau de fer - à souder- que possède l'armée"), le voilà maquereau, trafiquant, taulard... Il croise le blues à la toute fin du bouquin quand, derrière une porte il entend deux types jouer, alors il ne veut plus qu'une chose " entrer me mettre à genoux et remercier ces deux blacks de m'avoir initié".

Le livre s'appelle "White Trask Bluesman" ( blanc racaille et bluesman). C'est pas du Proust, mais c'est quand même de la littérature, parole d'homme.

Balthazar Forcalquier


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Published by Balthazar Forcalquier - dans ET AUSSI...
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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 05:11

  Vous n'avez pas le temps de lire ? Balthazar est là. Il écrit pour vous des phrases romanesques qui valent des volumes entiers. Vous les lisez en moins de 30 secondes et votre imagination fait le reste.

soleil rieur

 

Il se levait le matin le premier, il était toujours joyeux. D'abord il chantait pour les chats, puis il faisait le café

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Published by Balthazar Forcalquier - dans PHRASES ROMANESQUES
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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 07:32

Le professeur Balthazar revient : ach ! la Kultûûûre

 

 

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Published by Balthazar Forcalquier - dans LES VIDEOS
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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 04:06

Proverbe canin:

" qui a vu, aboiera"

Balthazar Forcalquier

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Published by Balthazar Forcalquier - dans L'aphorisme de la semaine
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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 04:43

 

 

 

 

Préparant nos errances rêvées, je m'étais procuré à bon compte (chez un soldeur parisien), un livre sur le Brésil illustré de gravures. Alors soldat, je fus terrassé par une violente fièvre soignée sans mesure par des infirmiers fièrement armés de seringues de pénicilline. En dépit de ce remède de cheval je suis resté plusieurs jours alité et vaporeux. Dans la jungle du Brésil mon corps moite titubait parmi les lianes, il me semblait aussi avoir mastiqué la belle herbe d'Ibadou, celle qui permet - affirme Blaise Cendrars - de voler dans les airs. J'ai adoré ce Brésil. La fièvre faisait " naître dans ma tête d'étranges cadences  qui dansent"...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brésil
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Published by Balthazar Forcalquier
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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 05:17

 Avec une vivacité, dont seules les perfides connaissent les puissants ressorts tendus depuis la nuit des temps, l’ortie me fouetta la jambe nue. Juste une petite moue de douleur. J’avance dans les herbes hautes. Sous les pieds nus craquent des brins de paille sèche… Chut. Calme-toi "Aigle Blanc" (c'est mon nom dès lors), apaise ton souffle, oublie la brûlure sous le genou, reste immobile sous le soleil grésillant. L’homme blanc n’a pas pu t’entendre. D’ailleurs il chante sous le tilleul « quand reviendra le temps des cerises". Voilà quinze minutes que tu as quitté ta tente de toile orange bordée d’une crête de feutre rouge, que tu as serré le bandeau de toile à carreaux ( prise de guerre) autour de ta tête anxieuse, que tu a pincé dans les plis une belle plume longue, rigide, qui sent très fort la volaille domestique et l’antique sauvagerie des oiseaux d’altitude. Tu l’as reniflée longtemps, jusqu’à l’écœurement, tu l’as agitée autour de toi pour sentir le poids que l’air pouvait faire sur les ailes, et puis tu es parti sur le sentier de la guerre, seul, comme toujours. Tu as glissé furtivement derrière une longue haie d’épines, truffée de nids secs et toute chamarrée de l’étoupe grasse que laissent les moutons quand ils viennent s’y frotter.

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Tu t’es glissé dans le passage du lièvre. La fraîcheur de ce boyau dans la masse végétale t’a d’abord surpris, et comme ta main écrasait une fiente toute ronde, tu fus encore plus étonné de ne sentir sur ta paume maculée qu’un suave parfum d’herbe digérée. Tu as oublié les peintures de guerre et tu hésites, et tu renonces finalement à tracer sur tes joues deux barres brunes de crotte de lièvre malaxée. 

Au débouché de la haie il a fallu ramper une vingtaine de mètres  à découvert. L’homme blanc qui répare là-bas le manche d’un outil, aurait pu te voir… « gai rossignol » … Mais il ignore l’impitoyable foudre qui va s’abattre sur lui et sa femme, le ciel est si limpide… «  merle moqueur »…Il ne peut pas savoir qu’un guerrier a survécu à l’effroyable massacre de sa tribu. Qu’il a vécu seul, longtemps, se nourrissant seulement de la pulpe juteuse des herbes dégainées de leur fourreau végétal, et buvant à petites gouttes tombant de ses doigts l’eau du sombre lavoir moussu où les Blancs ne vont plus depuis longtemps. D’ailleurs l’homme blanc a interdit à son petit garçon de s’en approcher : dans le fond, tapis sous les algues molles, des bêtes le guettent et de leurs bras souples comme des lianes, elles pourraient l’attirer au fond, pour toujours. Mensonge d’homme blanc. Dans l’eau vit un esprit de femme, aimante et douce dont tu connais bien les caresses sur l’échine quand tu vas t’y plonger jusqu’au menton, et qu’elle t’enveloppe de son manteau de menthe, et qu’elle effleure le bout de tes orteils avec ses cheveux onduleux.

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Tu ne bouges plus depuis un moment, tu es sauterelle méditative, araignée à l’affût, arbrisseau patient, morceau de ciel immuable, caillou usé au vent. L’homme blanc a changé de rengaine «  complainte de la bûûûûtte ». Très haut dans le ciel une poignée d’hirondelles piaillantes a été jetée. Un indien voit toutes ces choses, l’homme blanc ne sait rien, ne voit rien, ne sent rien. L‘homme est blanc avant d’être homme. Une guêpe lourdement chargée de venin inspecte ton visage de son regard myope et, te prenant sans doute pour un caillou usé par le vent, se pose sur ta joue. Tapotement d’antennes interrogatives, trois pas en avant et trois en arrière. Elle repart vers d’obscures et d’impératives taches. La guêpe elle-même a été trompée, dès lors comment le grossier blanc pourrait-il distinguer une forme d’indien dans ce caillou que tu es devenu ? 

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Tu reprends lentement ta progression, accroupi. Sous les genoux, la douleur est amusante, et presque intenable. Si ton destin n’était pas la vengeance, la nécessaire prise de deux scalps, tu pourrais sourire de ce brûlant et plaisant engourdissement. Te voilà à portée de flèche : douze mètres peut-être treize. Avec une lenteur de prédateur tu places l’encoche de la flèche sur la corde. Et comme tu te relèves avec une grâce singulière, un souffle de vent dévale la prairie et lève du même mouvement une chemise qui sèche sur le fil. Tu es vent.

 

Soudain une porte s’ouvre en face et ta maman lance dans la campagne à ton intention spéciale  : «  Chériiiiiiiii ! A taaaaable ! A taaaaaable! A taaaaaaaable ». "Ho,tu as encore joué aux indiens, tu es encore tout crotté !"

 

 

 

 

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 23:00

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Il fut un temps béni où l'on pouvait afficher ses préférences, fumer à la télé, trinquer sans honte, s'aimer sans contrainte. Même les quatre évangiles canoniques ne parlaient pas d'homosexualité. Temps béni où l'on pouvait accrocher à son revers de veston un pin's Duhomard et aller  fièrement à travers les rues.

Mais la fin du monde a bien eu lieu , les pères "la morale" et les mères "jesaismieuxquetoi" ont survécu et font la loi!

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Published by Balthazar Forcalquier - dans La vie Thouarsaise pour rire
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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 05:33

  Titi a ouvert un cahier, ce gamin de 5 ans y note les mots qui restent à inventer. C'est une bonne idée, Balthazar y participe.

 

pendulasliudePendilassitude :  être trop enquiquiné pour le rester.

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Published by Balthazar Forcalquier - dans LE CAHIER DE TITI
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 05:33

Un lecteur au regard affûté m'envoie cette photo prise du côté d'Oléron, je crois.

 

Bazar-trois-1.jpg

 

C'est un magnifique raccourci de notre époque.

Quand on pense : si l'évasion fiscale était interrompue, le pays ne serait pas en déficit, les hôpitaux seraient florissants, les pauvres moins pauvres, les prisons pimpantes, les riches moins riches.

"Le pauvre n'est pas celui qui a peu, c'est celui qui n'a jamais assez." Cette maxime ne date pas d'hier, c'est Sénèque qui en est l'auteur, an IV avant JC!

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Published by Balthazar Forcalquier - dans CARTE POSTALE
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