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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 05:27

 

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Je brûle aussi des magazines de sport, de mode, et je voue une gratitude spéciale aux annuaires obèses prélevés dans la Poste voisine, ils tiennent la braise toute la nuit. Des milliers d’adresses aujourd’hui sans âme me réchauffent. Merci à ces gens.

Je mange bien et beaucoup. Je m’installe dans ma solitude avec une sorte de fatalité qui n’est pas sans suavité. J’attends que mes amours reviennent, souriantes et gracieuses. Je serai là pour les accueillir. Je prends soin de remettre les revues érotiques dans leur présentoir  après les avoir fébrilement feuilletées. Je n’ai rien oublié des êtres humains, rien oublié des femmes, de leur regard et de leurs façons. Autrefois, dans le monde d’avant, les garçons étaient prudes en dépit d’immondes vulgarités. Les filles rompues aux menstrues avaient, paraît-il, de rudes confidences entre elles. Un magazine de psychologie, trouvé au rayon féminin du rez-de-chaussée, l’affirme et titre  : « entre elles, les filles s’en racontent des vertes et des pas mûres. » Elles furent toujours les maîtresses du jeu, je le sais bien, capables de jouissances secrètes en tout lieu. Audacieuses souvent derrière leur candide sourire. Elles se donnent croit-on mais c’est faux, elles accordent. Je lis encore cela dans le regard qu’elles dévoilent au fur et à mesure que je tourne les pages devant le tourniquet des “magazines de charme“.  

Je dors tout mon saoul. Je laisse sur le rebord de la fenêtre, dans cet appartement du troisième étage, trois bougies constamment allumées. J’en ai rapporté une réserve de l’église, que j’ai trouvée naturellement glacée et encore plus vide que d’habitude. Je peux tenir -  j’ai calculé - quatre mille nuits. Après, j’irai au rayon “entretien de la maison” au supermarché où huit cents boîtes de dix chandelles sont encore disponibles.

Au début, à la nuit tombée je scrutais le masque noir de l’horizon avec le petit espoir d’apercevoir au loin, quelque part, une lueur. Il n’y a rien. Pas de feu, pas de fumée aux cheminées, pas de trace. Il n’y a que moi et le reflet de mes yeux sur le carreau où miroitent  mes trois mèches allumées. Je fais le plus de bruit possible, Je laisse des marques partout, mais personne ne me voit. Sur le mur de la maison de la presse, avec un morceau de charbon de bois, j’ai écrit en grandes lettres ce message : «  Je suis là ! »

(la suite demain)

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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