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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 05:15

 

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C’est lui, le vénérable Abdallah Mout’ Al Rabi mon maître, qui m'a fait loup. S’accroupir sous la pleine lune et attendre en écoutant sa respiration. Etre attentif, derrière soi, aux bruissements de la trahison. Frémir au froid, enfoncer son museau dans la neige pour apaiser un peu ses colères. Connaître la solitude et les fringales canines . Vivre avec du sang dans la bouche, et des désirs brutaux dans les reins. Jouir sans remords ! J’ai aimé ce voyage animal et  Abdallah Mout’ Al Rabi, inquiet, a déployé toute sa science pour me faire revenir, haletant et plus cruel.

 

C’est lui enfin qui m'a conduit à l'homme : s'allonger face au vide du cosmos et attendre en écoutant sa respiration, puis aller en quête d’une âme consentante. J’ai possédé celle d’un homme assoupi. Ses désirs m’étaient familiers : attente, solitude, travail impérieux des sens qui imposent leurs rythmes bestiaux et n’offrent en échange que de fugaces jouissances et de faux-semblants de tendresse. Monnaie de singe. Et aussi, et surtout cette fatalité qui jette l’homme tout vif dans la spirale grésillante du destin pour s’y consumer, si ce n’est avec volupté, du moins avec veulerie ; comme le bois qui s’épuise et tombe en poudre de cendres affadies est toujours le complice consentant de sa propre perte. J’ai connu intimement l’oubli confortable, l’absence des regrets, la pitoyable faiblesse humaine, l’ivresse fortuite des sens, la vacuité. Je n’ai pas renoncé aux tentations : je les ai saignées comme on égorge le mouton festonné de rubans à la saison des fêtes du soleil. Les tentations sont le sang qui s’écoule agrège et imprègne brièvement le sable. Le vrai sacrifice n’est pas de libérer des flots de sang, mais bien au contraire de conserver le sable fluide et immaculé. Seuls les chastes Sahirs  apprennent la compassion de cette manière.

Je suis de retour dans la chambre glacée, la neige a formé un dôme sous la fenêtre. JE LA VOIS !!! Elle est debout sur le rebord. Elle me sourit . Elle dit doucement "je t'aime". Elle bascule en arrière. J'entends son corps qui se brise en bas. J'hurle. Et une atroce solitude danse devant mes yeux avec les flocons. Je sors, et je marche nu dans un froid de loup.

( suite et fin demain)

 

 

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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