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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 05:43

 

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Elle est inanimée, mais je sens la faible chaleur de son corps sous ma main. Je la prends dans mes bras, qu’elle est légère ! Si légère. Sans effort je retourne chez moi, je monte les escaliers, je l’allonge devant la cheminée. Son visage est gracieux, le front haut, les sourcils sont bien dessinés, un peu froncés, ce sont ceux d’une fillette têtue. Le nez un peu long, les lèvres jolies mais très pâles, le menton est d’un bel ovale gracieux qui compose une harmonie fort délicate avec son front dégagé . Elle est évanouie. Elle frissonne. Je me précipite sur ma réserve spéciale : tout un assortiment d’alcools forts pour les soirs de lassitude. Vodka. C’est bien la vodka. J’hésite. Je prends aussi du rhum agricole à 55 °, j‘assemble les deux eaux de vie dans une casserole. Je lui enlève son manteau, un pauvre par-dessus de laine usée. Une blouse en feutrine, un paletot bizarre composé de morceaux de fourrure assemblés. Une robe. Pas de sous-vêtements. Je lui retire ses bottes, ses trois paires de chaussettes. Elle est maigrichonne mais pas sans finesse. Je la frictionne hardiment, des épaules au talon, sous les seins qu’elle a menus, sur le ventre, le long des cuisses fuselés très blanches, les mollets longs. Je la retourne doucement, j’active le feu. Je lui frotte les dos, les reins et la rondeur des fesses. Je n’ose pas d’autres gestes que ceux, précis et détachés, qu’impose l’acte médical. Mais tout de même je suis troublé par son corps et sa beauté légère, le saillant de ses clavicules et la rondeur si féminine de ses hanches. Je masse doucement  le revers de son poignet où des veinules bleues très émouvantes apparaissent sous le grain d’une peau qui me rappelle la soie. Soie également à l’intérieur de ses cuisses. Où ai-je déjà palpé cette soie ? J‘ai déjà ressenti cette impression d’infusion moussue sous les doigts, j’ai déjà eu ce sentiment de froisser le souffle chaud qui dévale du sud, j’ai déjà eu l’envie de plonger la main dans cette étoffe semblable aux vents qui bercent les palmes et alanguissent les corps. Je ne retrouve pas ce souvenir dans ma mémoire, mais je suis familier de cet émoi qui a une couleur ocre et les moirures ondulantes du sable. D’un geste très lent je soulève de mon index sa lèvre et je découvre des dents immaculées et mouillées. Une petite langue animale perce. J’ai très envie de l’embrasser, mais j’attendrai.

( la suite lundi)

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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