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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 05:42

                               NEIGE

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Soudain je sors du sommeil avec cette vivacité animale qui, d'ordinaire, me fait lever les oreilles, quand, derrière moi j'entends un craquement d‘alerte, un insolite son, un bruit étranger. Je sens confusément que, dans une autre vie j'étais chien ; j'aime à penser loup, par orgueil. Mais peut-on être orgueilleux, vraiment, face à soi ? Donc je fus loup. De cette vie ancienne et glacée j'ai conservé cette nervosité attentive qui me fait, d’instinct, dresser les oreilles. Puis il me faut user de longues étendues de temps avant que la tension des nerfs ne s'apaise, et que, derrière mon crâne, dans cette tranche épaisse d’inconscient, la paix se restaure avec son cortège de chasses enivrées, de saillies hurlantes et de festins sanglants. Du loup, j'ai hérité aussi cette manière d'éveil immédiat. Je suis d'emblée prêt au combat, disposé à mordre sans attendre, apte aussi à jouir - dans l’instant et sans scrupule - d'un reflet sur la neige.

 

La luminescence est entrée dans mon regard plus douloureusement que le rayon acéré d'une ampoule électrique. Je m'étais endormi, assis à mon bureau. Pourtant, cela ne m'arrive jamais.  D’emblée, je sais qu’il s’est passé quelque chose d’extraordinaire, réflexe de loup. La lueur qui a allumé mon réveil n'est pas celle, désincarnée, de l'ordinateur comme je l'ai cru d'abord. La pièce est obscure à peine baignée d’une laitance qui vient du dehors. Elle s’écoule par la fenêtre comme une semence froide et animale, avec quelque chose d’aquatique dans sa fluidité. Je tends la main, j'actionne l'interrupteur de la lampe amicale qui tend vers moi son cou de girafe handicapée, appareillée de ressorts et de tringles. La mécanique n’agit pas. Je me lève, je jette un œil dehors. Il neige à gros flocons. Personne dehors. Pas une trace dans la rue. Pas d’électricité. Panne. Je retourne au carreau, les fenêtres des maisons sont des trous noirs aux bords bien nets comme des tombes fraîchement creusées ; les morts ont besoin de cette harmonie géométrique qui, faute de soulager la peine des vivants, contente un peu leur raison. Au téléphone j’appelle la maison : «  pas d’inquiétude je me suis endormi, c’est drôle n‘est-ce pas ? », Mais l’appareil est silencieux, inerte. Pas de tonalité. Panne sur le réseau. La petite écoutille de mon téléphone portable        s’allume sous la pression du pouce. Ouf, la batterie est chargée. Dans ce petit monde électronique, au moins quelque chose s‘active et mène sa petite vie sous-marine.

 

(suite demain).

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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commentaires

Anatole le pingouin 14/11/2012 18:05

On s'en doutait Balthazar est un fauve. Je l'imagine à quatre pattes dans la neige les babines dégoulinant du sang de sa dernière proie et s'attendrissant que le voyant d'un portable allumé... Bon
y'a p'tète pas qu'le portable qu'est allumé et chargé à bloc.

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