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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 03:30

 

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III

Une fois il avait failli s'étouffer de joie en regardant un chevreuil pris au collet ; l'animal avait réussi à arracher le pieu qui amarrait le lien. Et, à demi étranglé, lançait en voltes grotesques, autour de sa tête, la corde qui tournait comme une fronde. Plus il regimbait, plus le nœud se serrait. L'agonie était pathétique.

-Pourquoi ris-tu ?

-On dirait un navire qui fait naufrage, quelle merveille ! 

Il dépeçait l'animal qu'il était encore secoué de hoquets. Il retira le foie chaud, le coupa en deux, m'en offrit la moitié, et en s'essuyant les larmes de rire se fit deux longues traînées de sang sur les joues. Elles y restèrent plusieurs jours, puis disparurent sous les averses, comme la route. Amogh était un curieux type. On pouvait avoir confiance en lui. Il était simple, franc, brutal. C'était mon ami depuis toujours... Enfin, je crois ce qu'il me disait. Et je n'avais aucune raison de le démentir. En tout cas je n'aurais pas pu argumenter dans une contreverse. Nous avions perdu la mémoire. En grande partie en tout cas. Des zones entières de notre cerveau avaient été effacées, mais les dommages variaient d'un être à l'autre.

Par exemple Amogh avait toujours su tirer à l'arc, et moi je savais jouer de cette longue flûte de roseau. Par exemple nous savions, d'instinct que nous étions amis. Mais nous ne savions rien de notre vie d'avant. Nous ne savions même pas si nous avions eu une vie avant. En tout cas aucune trace dans le paysage ne levait dans nos mémoires un quelconque voile, même déchiré. La géographie comme nos âmes était vide, comme les montagnes que nous franchissions.

(A SUIVRE)

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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