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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 03:48

calibres 8

 

 




 Résumé :  Michel Crapute produit des ressorts qui entrent dans la fabrication des mines antipersonnel, mais c'est ailleurs que ça  va exploser.

19 h 30 point final de l'article qui s'achevait ainsi. " Michel Crapute traite son personnel comme on ferait avec des esclaves - l'asphyxie dans des ateliers insalubres - et participe joyeusement à la production de ces armes atroces qui arrachent les jambes d'enfants dans de lointains pays ; peut-être a-t-il un cœur, c'est en tout cas dans un whisky à 1.200 € la bouteille qu'il tente de noyer son cynisme." Balthazar fila au café des arts plutôt content de lui. Devant son verre de Duhomard ( l'apéritif de Thouars) Karantec Plouendec, son ami dentiste, l'attendait déjà. Informé des premiers détails Karantec applaudit et commanda une autre tournée. De détails en détails, les tournées s'accumulèrent, jusqu'à la citation finale.

En titubant Balthazar repassa à la rédaction pour donner le dernier coup de fil aux pompiers. Le Thouarsais était calme, le journaliste pouvait aller dormir sur ses deux oreilles sérieusement échauffées. C'est alors que le téléphone sonna, sur l'écran apparut le nom du directeur départemental du" Courrier de la République" le journal qui permettait à Balthazar de payer ses longues ardoises au bistro.

"Ah, pensa-t-il, c'est le chef qui vient me féliciter!... Et il répondit de sa plus belle voix Allôôôôô qui qu'appelle à cette heure tardiiiiive ?"

_ " Qu'est que c'est que cette merde ? Tu es fou ou quoi ? Tu veux qu'on ait le préfet et la sécurité militaire sur le dos ? Ton papier sur Michel Crapute est un torchon qui ne passera jamais! De plus je te signale, espèce de fouille-merde, que Crapute est actionnaire du journal. On a autre chose à foutre que de surveiller tes articles, arrête de nous les briser avec tes théories anarchistes. Tu ne t'étonneras pas si demain, à la place de ton brûlot gauchiste, tu liras un papier fort agréable sur le concours des plus gros mangeurs de melon de Oiron !" Et le chef raccrocha sans dire "bonne nuit mon Balthazarounet" signe qu'il était colère.

Balthazar était comme assommé, par les apéros certes, mais aussi par cette furieuse estocade. Vexé, il se dit in petto " mon petit con tu ne perds rien pour attendre, je vais attendre que tu sois en repos et qu'un pote du syndicat monte les pages pour te le fourguer en douce ce papier. Et là tu pourras toujours gueuler, ce sera trop tard. Fumier!" (Note au lecteur : les engueulades dans les rédactions sont homériques, somptueuses, flamboyantes, et aussi fréquentes que les félicitations sont rares.)

 

Mais cette magnifique stratégie de contournement n'eut pas de lendemain. Le vendredi suivant, jour de marché à Thouars, Michel Crapute s'écrasait dans les courgettes et les tomates avec une balle dans la tête. Difficile de traîner dans la boue un cadavre, même celui d'un Crapute crapule.

A SUIVRE...

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Published by Balthazar Forcalquier - dans LE FEUILLETON
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