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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 02:55

  calibres 3

 

 

Résumé : De Thouars on a poussé jusqu'au Mali, mais sans passer par la case "club Med".  

 

Le type qui venait de mourir, là juste devant les yeux de Mamadou et de Balthazar s'était étalé dans un cageot de courgettes. Le sang frais qui coulait de sa tempe sur les légumes d'un beau vert donnait une note printanière à l'étal un peu défraîchi du maraîcher.

Mamadou devint gris, ce qui, chez les noirs, est un signe d'extrême émotion.

- " j'veux pas d'embrouille avec les flics, mes papiers ne sont pas en règle, je jarte, le café ce sera pour un autre jour ami toubab."

Il s'esquiva avec cette grâce qu'ont les gens doués pour la danse. Il ressemblait alors à ces voleurs nocturnes qui s'enduisent d'huile pour échapper à la main de ceux qui les traquent. Mamadou était alors plus beau que d'ordinaire. Mais Balthazar n'eut pas le loisir de profiter de ce spectacle tout en souplesse.   

Des macchabées, il en avait vu des centaines et de toute sorte dans sa carrière de journaliste localier : écrabouillés menus dans leur auto au retour du bal, ou bien tordus et cramés dans la maison familiale qui n'était pas encore payée, ou encore pendus solitaires aux poutres des étables vidées (quand le troupeau de vaches folles était parti pour l'abattoir avant d'être réduit en poudre et transformé en farine pour d'autres bovins), ou alors des ouvriers maladroits qui avaient glissé de la toiture ( le patron n'ayant jamais pris la peine de payer un harnais et une corde de sécurité) et qui se trouvaient aplatis quinze mètres plus bas avec des formes bizarres dans les jambes et les bras, et des accidentés de chasse à la chevrotine qui n'avaient plus ni visage ni cervelle.

Mais là c'était différent. Un type venait de se faire flinguer devant ses yeux. Pourtant il ne fut pas autrement ému. Disons qu'il fut soudain très intrigué. C'était un bon professionnel. Il aurait de quoi écrire demain. Le mort avait une curieuse posture, un peu accroupi, un peu couché, la gueule ensanglantée dans les légumes. Dans sa chute il avait écrasé des tomates et l'on ne savait plus très bien ce qui était son sang ou ce qui était du ketchup. Pas facile d'expliquer cela au lecteur, pensa Balthazar qui comptait toujours sur la sagesse de sa secrétaire, Martine, pour freiner ses écarts, et faire en sorte que le détail soit vrai sans être trop... véridique. "Du sang oui, mais point trop n'en faut " était la prudente formule de cette perle qui savait toujours tenir au frais une bouteille de blanc.

Après un instant de silence absolu, des filles, alentour se mirent à hurler, et l'atmosphère monta brutalement dans les aigus. C'était grave!

Balthazar se pencha sur la victime. Il connaissait ce type.

 

      A SUIVRE

 

 

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Published by Balthazar Forcalquier - dans LE FEUILLETON
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