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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 04:02

Pont-de-Mauvert (Cévennes) 6 juin 2014

Pont-de-Mauvert est un endroit qui est dans ma vie depuis fort longtemps. C'est là que, les corps déliés nous allions, dans une folle liberté, insensibles aux autres, grimpant partout et sans cesse, dévorant le beurre pur et le miel fort, nus dans l'eau des cailloux, sans fatigue. Seuls, enfin. C'est là qu'un soir d'orage nous avons dansé sous la foudre, nus encore. Avides de vie, comme des sauvages. Comme des hommes des caverne déliés de tous les dieux.

En dessous, nous arpentions une vieille route pavée sous les châtaigniers, et quand j'ai lu le récit inachevé de Gracq j'ai retrouvé le chemin. Elle menait à une vieille mine à l'abandon. Nous étions de furieux carnassiers.

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"Pourquoi tu t'es pas garé devant ?" c'est bizarre cette manière de gueuler pour parler. Les gens du sud vocifèrent volontiers sans porter à conséquence. Je comprends vite la colère de ce boiteux : il a une bouteille de gaz à descendre de l'auto et à porter ensuite jusqu'à sa porte obscure. Car ici les maisons sont noires dedans et dehors. Alors il vitupère, et sermonne sa femme.

Ces gens, quand il ouvrent leurs volets, ont devant eux la pente rude et brossée de la montagne, des cailloux acérés et des rapaces par - dessus. Rien de plus à voir. C'est beau. C'est beau depuis mille ans.

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Un peu plus loin un lieu très haut placé dans le vent. Le vent doit souffler des quatre coins cardinaux à tour de rôle et peut-être même parfois des quatre coins en même temps. Ici il n'y a pas d'arbre. Ici, seulement un arbuste . Il est extraordinaire bien qu'on passe devant sans s'extasier. Pourtant c'est un champion. Il parvient à glisser une racine dans une maigre fente de la pierre. Il s'y installe comme il peut. Et grandit comme il peut sous les rafales. Il n'est jamais jeune, il est toujours vieux, tordu, avare de tout et surtout de ses fleurs qui ne sentent rien et n'ont rien à donner qu'une vague couleur blanchâtre. Viennent ensuite de tout petits fruits sans chair. Ici la vie est sans luxe ! La mousse n'est pas de la mousse, elle est rêche et pourrait écorcher la main comme une brosse de métal. Les plantes grasses sont rouges de honte et ne se montrent guère. On s'interroge : à quoi pensent-elles sous les mois de neige ? Certainement à la côte d'Azur où prospèrent leurs cousines ?
La saxifrage est la plus obstinée, elle s'installe ( si l'on peut dire ) dans un creux de la taille de la main, et ne se nourrit que de vent. Elle économise sur tout, sur l'eau et sur sa respiration. Quand elle perd une feuille minuscule tout de suite elle en fait un demi-gramme d'humus qui s'envole vite et que vole sans vergogne la plante grasse.

Cela s'appelle le chaos de Nîmes, la pluie a taillé là-dedans avec une force de titan. La montagne a été hachée mais à la façon des géants ivres, sans plans et sans but.Tout autour ce sont des masses de remparts, un labyrinthe fortifié, des redans, des échauguettes, des courtines, des donjons efflanqués, des tours bancales, des créneaux effondrés, et soudain une sente de pelouse miraculeuse et brève. La solitude est totale, absolue, plus nette qu'en mer. On se dit que vivre ici est impossible, d'ailleurs personne n'y vit : il n'y a pas d'arbre pour s'y embrancher.
Tout autour ce sont des masses de remparts, un labyrinthe fortifié, des redans, des échauguettes, des courtines

 saxifrage est la plus obstinée.

saxifrage est la plus obstinée.

Des donjons efflanqués.

Des donjons efflanqués.

Tout autour ce sont des masses de remparts, un labyrinthe fortifié.

Tout autour ce sont des masses de remparts, un labyrinthe fortifié.

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Published by Balthazar Forcalquier - dans RECITS
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